3 questions à Quarraisha Abdool Karim

Lauréate du prix L’Oréal-UNESCO – qui récompense d’éminentes scientifiques – cette épidémiologiste sud-africaine de 56 ans est parvenue à mettre au point, en 2010, un traitement préventif efficace contre le virus du SIDA.

Quarraisha Abdool Karim

Il a fallu huit longues années pour que l’étude CAPRISA 004 que vous dirigez aboutisse à un médicament préventif efficace contre le VIH. N’avez-vous jamais eu la tentation d’abandonner ? 

Abandonner n’a jamais été une option pour moi. La recherche est un processus lent et stimulant. Il débute par la fixation du produit puis le financement, les autorisations réglementaires et enfin l’exécution et l’analyse. Au terme de ce processus, on prend le risque d’être confronté à l’échec mais c’est le lot de tout travail de recherche. Et quand cela se produit, je préfère l’envisager comme une occasion de faire mieux.

Sous quel forme s’administrent ces traitements et sont-ils accessibles à toutes ? 

Nous avons ciblés différents procédés : gel microbicide, comprimés ou injections. L’idée étant de s’adapter au quotidien des femmes ; ainsi le gel convient pour un usage ponctuel tandis que les comprimés, à ingérer chaque jour sur le même mode qu’un contraceptif, conviennent davantage à celles qui ont une relation régulière. Bien que le gel ait démontré son efficacité, le manque de constance dans les résultats nous a focalisés sur les deux autres solutions. Les études sur les injections sont encore en cours. Restent donc les comprimés qui, eux, ont obtenu une licence; ils sont d’ores et déjà recommandés par l’Organisation Mondiale de la santé. On peut s’en procurer auprès de médecins ou de cliniques dans les pays fournis. Les centres de planning familial et les cliniques prénatales sont également de bons points d’accès.

Que dîtes-vous à celles qui sont réticentes à leur utilisation ? 

Je fais de mon mieux pour leur expliquer le risque qu’elles encourent même si le produit ne garantit pas une protection à 100%. Quoique qu’il en soit, c’est à elles de faire un choix. Le plus important est d’avoir une sexualité responsable : outre le VIH, les grossesses à risques ou à répétition, sans oublier les autres maladies sexuellement transmissibles, font des ravages. Les jeunes filles doivent donc s’assurer qu’elles sont prêtes avant d’avoir leur premier rapport sexuel.

Quant aux femmes en général, elles ont tout intérêt à surveiller leur statut sérologique et à prendre les mesures qui s’imposent en fonction du résultat.

Propos recueillis par Leslie Muya.