Élection présidentielle 2017 : quatre femmes en questions (2/4)

Nous sommes à moins de deux mois de l’élection présidentielle française et jamais un pareil scrutin n’a semblé aussi indécis depuis le début de la Ve République. Scénario idéal pour les amateurs de suspense : Marine Le Pen sera-t-elle présente au second tour ?  La gauche parviendra-t-elle à surmonter ses divisions ? Et quid d’Emmanuel Macron ? Au-delà des enjeux purement électoraux, nous avons voulu savoir ce que pensaient quatre femmes politiques,  à propos de cinq sujets qui nous paraissent majeurs.

Chaque semaine une politicienne nous confiera ses pensées. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Leila Aïchi, Membre du Mouvement Démocrate (MoDem), sénatrice de Paris, vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées.

Propos recueillis par Julien Wagner

‘‘ Le monde politique est un des derniers bastions de résistance à la parité. ’’

Leila-Aïchi

1) ASSIMILATION OU INTÉGRATION  ?

Les flux migratoires sont aujourd’hui un phénomène majeur, qui ne fera que croître à l’avenir. L’enjeu est d’y répondre au travers d’une politique d’intégration équilibrée, humaine et pragmatique tout en favorisant le « mieux vivre-ensemble ». Pour ce faire, nous devons distinguer les différents types de populations que nous accueillons pour éviter d’aboutir à des amalgames ou à des incompréhensions potentiellement très dangereux. Surtout, de manière générale, nous devons davantage promouvoir l’accès à l’éducation, vecteur majeur d’intégration, et faciliter l’accès à la nationalité. Nous avons donc encore une importante marge de progression.

2) LA QUESTION DE L’IDENTITÉ N’A-T-ELLE PAS PRIS TROP DE PLACE ACTUELLEMENT DANS LE DÉBAT POLITIQUE ?

L’identité est une question importante qui a toute sa place dans le débat public. Mais le systématisme avec lequel ce thème est abordé dans les médias et dans le débat politique nous prive d’une vision globale des enjeux et concourt plutôt désormais à favoriser des discours extrémistes.

3) PMA, GPA… JUSQU’OÙ DOIT-ON ALLER ?

Ce sont des sujets éminemment complexes. Il faut se méfier, je crois, de vouloir y répondre absolument dans l’instant. Le temps politique, souvent entraîné par le temps médiatique, n’offre pas toujours l’espace de réflexion nécessaire. Les progrès de la recherche et les évolutions scientifiques soulèvent et soulèveront encore d’incessantes questions juridiques, éthiques ou religieuses. C’est pourquoi pour aborder des sujets comme la PMA et la GPA, je préconise une réflexion plus globale et plus profonde sur la manière même de les aborder et de les accompagner dans le débat public.

4) L’ÉCOLOGIE DOIT-ELLE ÊTRE POLITIQUE ?

L’existence d’un parti écologiste était une nécessité pour intégrer les enjeux environnementaux au débat politique. Sans cela, ces thèmes auraient continué à être marginalisés. Toutefois, la stratégie d’isolement d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) ainsi que la gestion désastreuse de ce parti ont desservi sa cause. Et je considère aujourd’hui que l’écologie, la protection de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique ne peuvent plus être l’apanage d’une seule formation. Cela n’a plus de sens. Il faut donc promouvoir une écologie trans-partisane, ouverte et inclusive. C’est pourquoi j’ai souhaité, par exemple, au travers du « Livre vert de la Défense », faire converger les enjeux environnementaux et climatiques avec les impératifs sécuritaires et de défense. Cette démarche pourrait être déclinée dans d’autres domaines. L’urgence climatique et la transition énergétique sont les défis majeurs du XXIe siècle. Leur gestion ne peut être que collective car elle aura un impact direct sur notre développement comme sur notre sécurité ou nos emplois.

5)  FAUT-IL ALLER VERS UNE PARITÉ TOTALE ?

Le monde politique, comme les conseils d’administration des entreprises du CAC40, est un des derniers bastions de résistance à la parité. Je le constate tous les jours. La composition du Parlement français est une preuve de la sous-représentation des femmes en politique. S’il y a eu des améliorations ces dernières années, beaucoup reste à faire. En ce sens, la parité est un objectif que nous devons imposer. S’il ne faut évidemment pas tomber dans l’extrême, il n’est pas acceptable qu’au XXIe siècle, si peu de femmes occupent en France des responsabilités de premier plan. Il en va de la représentativité, de la crédibilité et de la richesse de la classe politique ainsi que de sa relation avec les citoyens.