Spectacle : la beauté selon Robyn Orlin

Dans le cadre du week-end thématique (du 9 au 12 mars dernier) intitulé « African Queens », à la Cité de la musique/Philharmonie de Paris, la Sud-africaine Robyn Orlin, une des plus célèbres chorégraphes africaines et les danseurs de la compagnie Moving Into Dance Mophatong de Johannesburg donnaient un spectacle, “Beauty remained for just a moment then returned gently to her starting position” (traduction: « La beauté resta un instant puis retourna doucement à sa position de départ »). Compte-rendu.

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La reine du recyclage @Philharmoniedeparis

20h45. Les lumières s’éteignent, la salle plonge dans le silence. Une danseuse vêtue d’une grande robe bouffante confectionnée à l’aide de sacs en plastique quadrillés et multicolores fait son entrée, au coeur du public, assise sur le dossier d’un siège vide. Débute alors un jeu d’interaction entre son personnage qui est la déesse du recyclage, de la fontaine, des lacs, des rivières et des étangs et l’auditoire. Les spectateurs se prêtent vite au jeu et c’est ainsi que commence le spectacle qui est à l’image de Robyn Orlin: dynamique, créatif et participatif.

Une deuxième danseuse fait ensuite son entrée vêtue d’une robe toute aussi délirante, faite de gobelets blancs qui mettent en valeur ses courbes et sa gestuelle hypersexuée. Les pas de danses sont expressifs, enjoués et très sonores. Les acrobates sont des genres d’hommes et femmes-orchestres et le public est utilisé en guise de percussionnistes improvisés. La déesse du recyclage les fait jouer avec des bouteilles d’eau en plastique qu’ils froissent en harmonie pour créer un brouhaha homogène, sur lequel les autres danseurs font leur entrée. De même, elle leur demandera de glousser avec de l’eau dans la bouche. C’est surprenant, c’est amusant, le spectateur sort de sa zone de confort et devient un rôle à part entière de la pièce. Ce procédé s’inscrit tout à fait dans la technique de travail de Robyn Orlin. Elle fait vivre la salle et repousse les limites de la danse en montrant qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’exprimer son art.

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La danseuse aux gobelets @DidierPhilispart

Tous les clichés sur le continent sont mis en scène et ridiculisés à travers des situations comiques telles que le serpent, démon incarné, qui est lapidé par le public avec des bouteilles en plastique. Le sens du commerce des Africains est également parodié. Une des danseuses, qui a été dépouillée de sa tenue, déshabille des personnes dans le public, se crée une nouvelle tenue en live, puis revend les affaires au prix fort à ceux même à qui elle les a pris. Le commerce et par dessus tout la culture anglo-saxonne qui prennent le dessus sur la culture et l’essence même de l’Afrique est également mise en exergue. La religion en prend aussi pour son grade dans une scène où les ouvriers qui travaillent dans les mines invoquent Dieu, appelé Godisto, via Skype.  Ce sont des situations hilarantes qui font partie du quotidien des Sud-africains, sont tournés en dérision et qui font en même temps le charme et la beauté de ce continent. Car dans cette oeuvre, il est avant tout question de beauté.

“Beauty remained for just a moment then returned gently to her starting position” (traduction: la beauté resta un instant puis retourna doucement à sa position de départ) est une ode dansée à la majesté du continent africain, à son soleil rayonnant et flamboyant qui donne vie au plaisir et à la grâce des humains. Robyn y dessine les merveilles mais aussi les maux qui font partie de l’histoire, la culture et l’héritage de son pays qu’est l’Afrique du Sud, avec des thématiques telles que l’apartheid, le colonialisme, le virus du sida et la pauvreté entre chorégraphies théâtrales et réalité. Pour Robyn Orlin, la beauté n’a pas de standards, elle est dans l’oeil de celui qui regarde.

Par Marella LUMBILA