Élection présidentielle 2017 : quatre femmes en questions (3/4)

Nous sommes à moins d’un mois de l’élection présidentielle française et jamais un pareil scrutin n’a semblé aussi indécis depuis le début de la Ve République. Scénario idéal pour les amateurs de suspense : Marine Le Pen sera-t-elle présente au second tour ?  La gauche parviendra-t-elle à surmonter ses divisions ? Et quid d’Emmanuel Macron ? Au-delà des enjeux purement électoraux, nous avons voulu savoir ce que pensaient quatre femmes politiques,  à propos de cinq sujets qui nous paraissent majeurs.

Chaque semaine une politicienne nous confiera ses pensées. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Karima Delli, membre du parti Europe Écologie-Les Verts, députée européenne.

‘‘ L’écologie, ce n’est pas un truc de bobos. ’’

1) ASSIMILATION OU INTÉGRATION  ?

La France a longtemps été une terre d’accueil pour des citoyens du monde entier. Aujourd’hui, elle doit renouer avec cette tradition de solidarité car c’est le ciment qui rassemble les Français. Les valeurs de la République, « Liberté, Égalité, Fraternité », sont notre socle commun. Chacun et chacune doit pouvoir s’y reconnaître et s’y épanouir. Pour moi, le terme  d’ « assimilation » n’est pas acceptable, il renvoie à un autre temps, totalement dépassé.

2) LA QUESTION DE L’IDENTITÉ N’A-T-ELLE PAS PRIS TROP DE PLACE ACTUELLEMENT DANS LE DÉBAT POLITIQUE ?

Évidemment ! Surtout lorsque Sarkozy était au pouvoir. Son ministère de I’Identité nationale est le symbole d’une grave dérive : on divise les Français pour faire oublier les vrais sujets de préoccupation (le logement, l’emploi, la santé, l’éducation, l’avenir des jeunes). Surtout à droite, mais pas que, la question identitaire est constamment instrumentalisée à des fins électorales. C’est un jeu d’autant plus dangereux qu’on observe ce phénomène partout en Europe. Je crois aussi que le terme « identité » doit être pensé de façon plus large. Il ne doit pas être constamment réduit à une couleur de peau ou à une religion. Plus généralement, nos sociétés gagneraient à se poser des questions telles que : qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui nous rassemble ? Quel avenir voulons-nous laisser à nos enfants ? Si nous cherchons ensemble les réponses à ces questions, il ne peut en sortir que du positif.

3) PMA, GPA… JUSQU’OÙ DOIT-ON ALLER ?

Comme pour toutes les luttes contre les discriminations, c’est une question d’égalité des droits. Aujourd’hui, nous devons faire face à la tentation du repli sur soi et à une montée sans précédent d’une frange réactionnaire, mobilisée et politisée, qui menace en permanence nos droits comme l’accès à l’avortement, l’égalité devant l’adoption, etc. Rien n’est jamais définitivement acquis et beaucoup de combats restent encore à mener. L’élargissement de la PMA est l’un d’entre eux. Pour la GPA, j’y suis favorable dans un cadre légal bien établi.

4) L’ÉCOLOGIE DOIT-ELLE ÊTRE POLITIQUE ?

Oui, l’écologie est politique. Je le constate chaque jour dans le cadre de mon mandat de députée : si nous, les écolos, n’étions pas là, jamais la Commission d’enquête sur le scandale du diesel n’aurait vu le jour au Parlement européen, par exemple. Les gens ne veulent plus de ce monde ravagé par le productivisme. Il faut changer de modèle et pour cela nous avons besoin d’écologie politique. L’écologie, ce n’est pas un truc de bobos. C’est LA solution pour améliorer la vie des gens, à commencer par les populations les plus vulnérables.

5) FAUT-IL ALLER VERS UNE PARITÉ TOTALE ?

Les femmes, c’est-à-dire la moitié de la population, sont encore largement sous-représentées dans nos institutions, comme si la politique devait rester l’affaire de ces messieurs. Malgré la loi sur la parité, les faits sont têtus et la discrimination perdure. Depuis 35 ans, seulement deux femmes ont été présidentes du Parlement européen… Et en France, ce n’est pas mieux, on le constate sur les bancs du Sénat ou de l’Assemblée nationale… Ou encore à l’échelon régional. Ou également au sein du pouvoir économique. Combien de femmes sont à la tête des grandes entreprises françaises ? Donc oui à l’application d’une vraie parité avec des sanctions plus fortes en cas de non-respect. Oui au renouvellement du personnel politique qui doit être féminisé, rajeuni et métissé.

Propos recueillis par Ekia Badou. Photo Laurent Hazgui