Élection présidentielle 2017 : quatre femmes en questions (4/4)

Nous sommes à moins d’un mois de l’élection présidentielle française et jamais un pareil scrutin n’a semblé aussi indécis depuis le début de la Ve République. Scénario idéal pour les amateurs de suspense : Marine Le Pen sera-t-elle présente au second tour ?  La gauche parviendra-t-elle à surmonter ses divisions ? Et quid d’Emmanuel Macron ? Au-delà des enjeux purement électoraux, nous avons voulu savoir ce que pensaient quatre femmes politiques,  à propos de cinq sujets qui nous paraissent majeurs.

Chaque semaine une politicienne nous confiera ses pensées. Aujourd’hui, nous donnons la parole Ramatoulaye Sall, Membre du Parti socialiste, Conseillère municipale à Mantes-la-Jolie et conseillère régionale d’Île-de-France.

‘‘ L’unité d’un groupe social, ce n’est pas l’identité mais le projet ’’

Ramatou-Sall

1) ASSIMILATION OU INTÉGRATION  ?

De prime abord, aucun des deux ! Que ce soit l’un ou l’autre, ils sont critiquables voire inopérants. Si je suis obligée de choisir, je prends l’intégration car elle permet d’accueillir un groupe avec sa culture d’origine sans la lui dénier, sans la lui retirer. Mais, selon moi, le sujet est mal posé. L’unité d’un groupe social, ce n’est pas l’identité mais le projet. Avons-nous un socle de valeurs commun ? La peine de mort est-elle ou non acceptable ? Notre République offre-t-elle une place à chacun ? Je préfèrerais que le débat soit posé ainsi.

2) LA QUESTION DE L’IDENTITÉ N’A-T-ELLE PAS PRIS TROP DE PLACE ACTUELLEMENT DANS LE DÉBAT POLITIQUE ?

Bien sûr ! Ce thème nourrit les antagonismes faciles. Parce que tel ou tel n’aurait pas la même identité que moi, alors c’est de là que proviendraient mes malheurs et mes difficultés ? C’est faux. Par exemple, ce n’est pas l’immigration qui provoque le chômage mais l’amélioration des progrès techniques sans progrès humain. La France, c’est les valeurs de la Révolution. Des valeurs et un modèle qui ont été exportés à travers le monde entier. Des valeurs qui transcendent notre identité et la fondent. Ce thème a commencé à occuper l’espace médiatique à partir du moment où certains politiques ont voulu créer un ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration. Ce faisant, ils ont créé une dichotomie entre immigration et identité. Alors que la richesse de ce pays est précisément constituée des immigrations successives, espagnole, portugaise, maghrébine, italienne ou subsaharienne.

3) PMA, GPA… JUSQU’OÙ DOIT-ON ALLER ?

Je crois que la PMA, c’est déjà bien. Je ne suis clairement pas favorable à la GPA. À partir du moment où existe une transaction financière, il y a un problème. On n’achète pas un utérus. J’en reviens au socle minimum de valeurs en commun. Le corps des femmes ne peut pas devenir un commerce, ce n’est pas possible ! Aux États-Unis, la GPA est autorisée dans certains États et regardez le résultat : les femmes les plus précaires vendent leurs utérus au détriment de leur santé. En revanche, la PMA est simplement une autre manière de donner à une femme la possibilité de porter un enfant, grâce au progrès technique. Donc la loi telle qu’elle est aujourd’hui me convient.

4) L’ÉCOLOGIE DOIT-ELLE ÊTRE POLITIQUE ?

Je ne sais pas vraiment répondre à cette question car je me considère à la fois comme socialiste et écologiste. Et je considère que ces deux identités sont intrinsèquement liées. Est-ce que je souhaite que tous les partis politiques mettent au centre de leurs préoccupations la question écologique ? Oui. Est-ce que je considère qu’Europe Écologie-Les Verts a raison d’exister et de faire avancer la question écologique ? Oui également. Ce parti a été très utile, essentiel même, pour soulever certaines problématiques. Mais en effet j’aimerais que la question écologique soit partagée par tous.

5) FAUT-IL ALLER VERS UNE PARITÉ TOTALE ?

Oui. Dans la mesure du possible, je suis favorable à une parité stricte dans les assemblées, les groupes parlementaires, les commissions, dans les conseils régionaux ou départementaux. À l’Assemblée nationale par exemple, il faudrait autant de femmes que d’hommes à la présidence ou à la vice-présidence de groupes parlementaires ou de commissions. Aujourd’hui encore, et malgré tous les efforts entrepris, les postes décisionnaires, les postes à responsabilité sont très largement occupés par des hommes blancs d’une soixantaine d’années, de classe sociale supérieure. Évidemment, on ne peut pas tout faire par la loi mais nous pouvons utiliser tous les dispositifs législatifs disponibles pour favoriser une représentation équivalente dans toutes les assemblées et à tous les postes à responsabilité.

Propos recueillis par JW