A voir : Django

COUP DE COEUR  : LE GITAN A L’ÂME NOIRE

Django Etienne Comar I AM DIVAS

Avouons-le, avec Django, on avait peur de voir débouler sur l’écran un biopic bien de chez Hollywood : Django Reinhardt, sa vie, son oeuvre, ses femmes, le tout sur fond d’admiration sous-jacente pour celui qui fut peut-être le plus grand guitariste que le jazz ait jamais connu. Que nenni ! Le film se concentre sur un mince segment temporel : il commence sous l’Occupation en 1943 et se termine à la Libération, en 1945. Le maestro de la six-cordes est alors une star au sommet de sa gloire (il enregistre alors « Nuages » notamment). Et  Django n’y est pas ce génie qu’il faut vénérer à tout prix. Il se montre humain, trop humain, un brin irresponsable (il arrive en retard aux concerts), capricieux, un tantinet égoïste, trouillard. Et surtout, tout à sa musique, il se place totalement à côté de la Seconde guerre mondiale. Après tout, n’est-il pas un manouche, issu d’un peuple, le peuple gitan, qui fait l’amour et jamais la guerre ? Les conflits armés, c’est bon pour les gadjé, les non-Gitans !

1943-1945 : deux ans qui vont voir le « héros » sortir de son insouciance et prendre peu à peu conscience de l’Histoire et de l’effrayant système nazi. Bien sûr, la fin du film, avec cette scène où l’artiste présente son Requiem pour mes frères tziganes, nous le dit : Django évoque, via le parcours du guitariste, leur tragédie (89% des Roms n’ont pas survécu au IIIè Reich ! ) à la place des gitans eux-mêmes car eux, se sont murés dans le silence depuis la fermeture des camps de concentration. Se confier aux gadjé est depuis toujours un tabou.

Oui, mais voilà, « Django » fait partie de ces grands films – La nuit du chasseur, Vertigo, Titanic, A bout de souffle et on en passe – qui en disent trop, qui sont en surcharge positive de sens. Il y a ce début. Ce concert dans une grande salle parisienne et ce public… Un parterre de soldats allemands, saisis par l’esprit du blues et du jazz, bougeant légèrement leur corps, à défaut de danser (Un panneau l’interdit ! Pas question de transformer la salle en bamboula !). Et puis, ces officiers de la propagande qui viennent ensuite voir le génie dans sa loge pour lui proposer un concert à Berlin. Mais attention, précisent-ils, conscients du danger que représente cette musique, pas plus de 20% de swing par set, des solos (l’esprit même du jazz) qui ne sauraient dépasser quelques secondes, pas plus de deux syncopes ou breaks toutes les 16 mesures, un tempo ralenti, bla, bla, bla…

L’apothéose : la soirée huppée à la villa Amphion, à Thonon-les-Bains, où Django et son groupe, le Hot Club de France, amènent peu à peu ces militaires rigides à danser le swing de manière effrénée, à redécouvrir leur corps. Les bons Aryens au destin prométhéen saisis par la transe noire, par cette musique de « dégénérés » ! Et, soit dit en passant, cette mise en abyme vertigineuse : un acteur rebeu, Reda Kateb (excellentissime), jouant le rôle d’un gitan dédié à la musique black ! Un officier SS interrompra finalement cette « bacchanale ». Trop tard. Le ver est dans la pomme, voir la scène musicale mondiale, après-guerre. Quant à Etienne Comar, dont c’était la première réalisation, il a réussi un beau coup d’essai.

Jean-Michel DENIS

DJANGO, de Etienne Comar, avec Reda Kateb et Cécile de France. Sortie : le 26 avril.