Agriculture : vers un renouveau biologique en Afrique ?

En dépit de procédures de certification strictes et onéreuses pour le producteurs locaux, l’agriculture biologique offre-t-elle de réelles perspectives de croissance au continent africain ? Oui, à en croire Christian Kom, président de la Fédération africaine d’agriculture biologique.

Crédits photo : BioCroissance

UN MARCHE ATTRACTIF, MAIS EXIGEANT 

Comme le montre l’exemple de l’Ouganda, premier pays africain de produits agricoles biologiques, l’Afrique a des atouts pour performer dans ce secteur qui peut s’avérer d’une part une source d’entrée de devises grâce aux exportations et d’autre part un moyen de réduction de la pauvreté grâce à l’augmentation des revenus des paysans. De toute évidence, l’idée séduit de nombreux acteurs de la filière agricole. Entre 2000 et 2011, la superficie des terres cultivées est passée de 50 000 à 1,2 millions d’hectares – même si à l’échelle mondiale cela ne représente que 3% de la superficie dédiée à l’agriculture biologique. “Cultiver sans engrais chimiques ni pesticides peut sembler un luxe réservés aux pays riches, largement excédentaires. Pourtant, on trouve en Afrique des adeptes de l’agriculture biologique qui se soucient des questions écologiques et semblent dans le même temps explorer un créneau original à l’exportation”, explique le président de la Faab, Christian Kom.

Seul hic, ces ambitions, ne sont pas réalisables sans la mise en place d’un système de normalisation et de certification internationalement reconnu – comme UgoCert en Ouganda. Par ailleurs, l’obtention du label AB en Europe obéit à des critères très stricts qui ne sont pas toujours adaptés aux conditions de production en Afrique. Un des objectifs de la Faab est donc de former et d’équiper les producteurs indépendants africains à l’utilisations de ressources locales, de les accompagner dans les démarches d’obtention du précieux label et l’affichage de la mention “Produit issu de l’agriculture africaine biologique”.

UNE QUESTION DE SURVIE ? 

En 2008, les émeutes de la faim qui ont éclaté en Afrique avaient mis en évidence l’incapacité des pays à assurer leur autosuffisance alimentaire, et l’urgence de trouver les moyens d’augmenter significativement les productions vivrières tout en préservant l’environnement et la biodiversité. Christian Kom en est convaincu :    ” La conversion à l’agriculture biologique entraînerait un accroissement des disponibilités alimentaires et une réduction de la dépendance à l’égard des importations de produits alimentaires. Elle permettrait également d’ouvrir le marché de l’exportation des produits africains vers l’Europe et le reste du monde, et offrirait ainsi plus de chances aux communautés de devenir plus autonomes par la création de nouvelles possibilités en matière d’emploi.”

Au plan sanitaire, les professionnels de la santé ont suffisamment souligné les avantages nutritionnels et sanitaires des produits issus de l’agriculture biologique. Tout en cherchant à améliorer la production, l’Afrique ne saurait pour autant sacrifier la protection des consommateurs en leur servant des produits de qualité douteuse. Christian Kom insiste : “L’agriculture est une activité scientifique, et comme telle, respecte des exigences scientifiques, notamment des études préalables qui auront donné des résultats fiables”.

Par Joakim Vokouma.