Angélique Kidjo “Prenons soin de notre terre nourricière !”

Elle est l’une des voix africaines les plus connues au monde. À 56 ans, elle compte à son actif trente-cinq ans de carrière, quatorze albums et deux Grammy Awards.

Son engagement pour l’émergence de l’Afrique, son combat quotidien auprès des femmes (notamment avec l’Unicef et l’ONG Oxfam) et son discours militant pour l’environnement, nous ont poussé à rencontrer la diva béninoise.

Dès 2010, vous avez commencé à travailler avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Qu’est-ce qui vous incitée à  vous engager sur la question du réchauffement climatique ?
J’ai eu cette prise de conscience quand ma fille, Naïma, est née. En voyant la quantité de déchets que nous jetons chaque jour, je me suis demandé dans quel monde elle allait grandir. J’ai composé  Agolo qui veut dire : « S’il-te plaît, prends soin de notre mère nourricière, la planète Terre. »  Le succès de cette chanson m’a convaincue que ce sujet touche les gens. Quelques années après, en retournant régulièrement au Bénin, j’ai constaté que, malgré les dénégations des hommes politiques, le changement climatique avait déjà commencé. Ce problème nous montre l’impasse que constitue l’absence d’une vraie gouvernance mondiale. Tant d’intérêts publics et privés divergents sont en jeu. Les populations doivent faire pression sur leurs leaders de façon  continue pour que les choses changent.

Angélique Kidjo Béninoise

Qu’aimeriez-vous dire aux leaders sur la thématique du climat ?

En 2009, lors de la Conférence sur le climat de Copenhague, j’ai expliqué aux leaders du monde entier que le problème du changement climatique affecte de façon démesurée les populations les plus fragiles. Paradoxalement, ce sont celles qui ont le moins contribué à ce problème ! Je dis aux leaders d’investir dans les nouvelles énergies renouvelables. C’est un défi nécessaire à la survie de l’Humanité. C’est aussi une chance de redynamiser l’économie mondiale, avec des investissements massifs, pour créer une meilleure planète. Redonner de l’espoir aux populations que les guerres et les crises  désespèrent.

En quoi votre notoriété et votre travail d’artiste contribuent-ils à sensibiliser sur ces problèmes ?  

J’ai la chance que les médias me donnent la parole. J’en profite pour amplifier la voix de tous ceux qui n’ont pas cette chance. La musique a un impact que les discours des politiciens n’ont pas. Tout le monde se souvient des paroles engagées des chansons de Bob Marley. Mais qui se souvient des discours de nos présidents ? À part peut-être ceux de Mandela et de Kennedy ?

Vous avez aussi créé la fondation Batonga pour l’éducation des femmes africaines en 2007. Où en est ce projet ?

Après toutes ces années, nous commençons à avoir des filles qui finissent leurs études secondaires. Cela me rend tellement fière ! Ce sont des jeunes  filles fortement éduquées qui changeront le visage du continent ! Pour l’instant, nous œuvrons dans quatre pays d’Afrique (Bénin, Cameroun, Mali, Sierra Leone et Éthiopie). Au Bénin, nous donnons des bourses à ces demoiselles afin  qu’elles accèdent aux études secondaires, ce qui leur évite d’être mariées prématurément. Le but est de les rendre plus indépendantes et de briser ainsi le cercle de pauvreté qui handicape notre continent.

Angélique Kidjo Béninoise

Vous qui êtes un exemple pour ces femmes, quels sont les vôtres ?

Musicalement, Miriam Makeba est numéro un ! Sa musique m’a fait rêver dès l’enfance. Je connais par cœur toutes ses chansons. Et heureusement pour moi, je l’ai bien connue aussi. Elle m’a donné la force d’affronter tous les obstacles du  show-business ! James Brown est un autre de mes héros. Je me sens très proche de son énergie et de sa passion pour le rythme. Quand j’étais petite, je disais toujours à ma mère : « Quand je  serai grande, je veux être James Brown » Il m’a  fallu des années pour comprendre que cela ne serait pas possible ! La première fois que je suis  allée à New York, le téléphone a sonné. Croyez-le ou non, c’était James Brown au bout du fil ! Il avait vu mon show à la télévision, grâce à un ami journaliste. Je n’en ai pas dormi de la nuit !

Après votre opus « Ève », récompensé par un Grammy Award, et un album de reprises enregistré avec l’Orchestre  philharmonique du Luxembourg, vous avez conçu avec Philip Glass un projet atypique, « Ifé Three Yoruba Songs »…

Oui, nous avons mis en musique trois poèmes que j’ai écrits, inspirés par la cosmogonie yoruba. Beaucoup de gens pensent que les cultures africaines sont « primitives ». C’est de l’ignorance !  Nos religions, nos légendes sont aussi riches, complexes et poétiques que celles de la Grèce antique. Le problème est que nous ne savons pas communiquer sur la beauté de nos traditions !  Ceci dit, après « Ifé », qui est sorti au printemps,  je vais actionner un peu la pédale de frein pour prendre le temps de surprendre mon public à nouveau !

Pour finir, quel message avez-vous envie de faire passer à nos lectrices ?

Ne renoncez jamais à vos rêves ! Si vous échouez, cela doit être le tremplin de vos réussites futures. Comme l’a dit LL Cool J aux Grammy Awards : « Les rêves n’ont pas de date d’expiration !