Assane s’est donné de la peine…

Il est le fils d’Omar Pene mais le chant ne lui disait rien. Créer des vêtements classe l’attirait nettement plus… Retour sur le parcours d’un styliste talentueux qui a travaillé pour les plus grands.

Assange Pene

Elève espiègle et turbulent. Enfant agile et débordant. Assane Pene n’a pas facilité la vie de sa grand-mère qui l’a éduqué au Sénégal dans les années 1970. Aujourd’hui âgé de 39 ans, le couturier installé à Paris se laisse emporter, avec le sourire, par ses souvenirs : «  Je ne faisais que des bêtises, alors la maitresse me renvoyait tout le temps de la classe. Ma grand-mère ne me supportait plus. » Elle aiguille son petit-fils, alors âgé de 13 ans, vers le monde du travail. Trop faible pour devenir menuisier ou mécanicien comme le reste de ses amis, Assane aurait pu suivre les traces de son père, l’une des idoles de la chanson sénégalaise, Omar Pene, mais il se tournera finalement vers l’univers de la mode.

Tout à commencer dans les ateliers de rue de son pays natal. Pendant deux ans, il coupe et coud. Sa créativité se développe. Son premier modèle prouve qu’il a un talent inné remarqué de tous : « Un jour, j’ai créé une chemise jaune que j’ai portée un samedi et vendue le lendemain sur le marché à 8 000 FCFA ( environ 12 euros) parce que tout le monde la trouvait belle. » Avec l’argent gagné, il achetait de nouveaux tissus et recommençait ce petit business chaque semaine jusqu’au jour où le célèbre couturier Laye Diarra lui tendit la main et le forma pendant dix ans.

Professionnel et dorénavant sûr de lui, il atterrit à Paris le 24 juillet 2003 et travaille la retouche à Montparnasse. Déjà fort de ses expériences, il choisit d’approfondir ses connaissances dans une école « Association Formation de tailleurs » dans le VIè arrondissement. Il va travailler comme styliste haute couture, avec Cifonelli, Smalto, Camps de Luca, Saint Laurent ou encore Ferragamo. Il en ressortira riche et décidera de se mettre à son compte.

Aujourd’hui, ce père de 2 enfants en bas âge tient son atelier couture au 5 rue Pasquier, à Paris, et cumule 25 ans de métier. Assane est particulièrement fier d’une veste grise en cachemire avec des poches en cuir réalisée en deux mois : « Je l’ai vendue pour une grande marque. C’était une veste de type blouson, dans le style sarouel en dos soufflé. Elle a été exposée dans un salon il y a deux ans. »

Les vestes… Assane aime les confectionner mais n’en a porté que deux fois dans sa vie : à son mariage et à celui de sa soeur. Pourtant c’est ce vêtement qui est au centre de la Maison Pen, son nouveau défi ! Avec son ami Théophile Cormillot, ils s’associent pour lancer une mode élégante, celle des vestes à carreaux en velours ou en cuir, en cachemire ou en laine : «  elle se portera avec un jean sur mesure ou un pantalon réalisé avec un tissu différent de celui de la veste. » Finition, détail et mélange des matières… La maison Pen plaira aux connaisseurs et à ceux qui aiment le travail artisanal.

Par Leslie Muya