Azimath Adjassa : « Favoriser l’accès aux TIC pour toutes les Africaines »

C’est ce que l’on appelle une tête bien pleine. Ingénieur en télécommunications, cette femme à l’âme de pionnière est aussi enseignante et directrice d’une plateforme, SunuStartup, dédiée à ses « soeurs ». Interview.

Azimath Adjassa

Pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

Il est entièrement guidé par ma passion pour les technologies de l’information et de la communication. Diplômée d’un Master spécialisé en Gestion des Télécommunications, je suis devenue ingénieur en télécoms puis récemment, j’ai fondé SunuStartup.
Pourquoi avoir choisi ce domaine en particulier ?

J’ai grandi avec l’idée stéréotypée que ce secteur était uniquement dédié aux hommes.  Après le baccalauréat, j’ai voulu m’ouvrir à de nouveaux horizons et ne pas être limitée par certains préjugés. M’orienter vers l’ingénierie des télécommunications fut un choix naturel. Mes excellents résultats en tant qu’étudiante n’ont pas laissé indifférent le corps enseignant de l’Ecole supérieure multinationale des télécommunications (ESMT) de Dakar. A la fin de ma formation, j’ai rejoint leur équipe en tant qu’enseignante vacataire en transmission numérique. C’était la première fois en 30 ans d’existence que l’ESMT permettait à une femme d’enseigner une matière technique à des classes de Bac +2 à Bac +4.

Quelles sont les objectifs de votre plateforme Sunu StartUp ? 

Elle ambitionne de devenir le grand répertoire en ligne de toutes les entrepreneuses africaines. Pour y parvenir, nous proposons plusieurs programmes dont SunuCouncil, SunuFF et SunuChat afin de les accompagner au quotidien. Ensuite viendra le projet des incubateurs.

Selon vous, quelle place occupe actuellement le digital en Afrique ?

Il devrait y avoir, dans un avenir proche, des bouleversements rapides. L’Afrique est sur la bonne voie. Le domaine du numérique permet au secteur de l’agriculture de mieux se porter grâce à l’instauration de nouvelles techniques permettant un meilleur écoulement des produits des cultivateurs.  Au Bénin, les femmes marchandes analphabètes passent leurs commandes en Chine en envoyant les images des produits via WhatsApp.  Le commerce se simplifie, il est désormais possible de réaliser ses opérations bancaires en ligne et payer ses factures depuis un smartphone.  Bref, l’Afrique a de beaux jours devant elle concernant cette quatrième révolution industrielle qu’est le digital.

Quelles relations les Africaines entretiennent-elles avec les technologies de l’information et de communication ? 

Le numérique à lui seul vient résoudre les problèmes liés à des traditions ancrés dans les esprits. Les Africaines possèdent de nouveaux outils pour s’exprimer. Beaucoup n’ont pas eu la chance d’être scolarisées mais elles savent manipuler avec aisance leurs smartphones. Elles s’autorisent à accomplir ce qu’elles n’auraient pas penser pouvoir faire. Elles font passer leurs messages à travers les médias sociaux. Puissent la concurrence sur le marché  et nos gouvernements favoriser l’accès aux TIC pour toutes les Africaines !

Vous souhaitez créer des espaces de coworking féminins au sein de grandes capitales…

J’aimerais répondre à un besoin spécifique : celui de rendre aux femmes ce qui leur appartient et ainsi valoriser leur travail. Dans divers pays comme en France, ce genre d’initiative est fortement soutenue par l’Etat car on a compris que les femmes débordent d’imagination, d’idées et de projets. Grâce à leur actions, le monde devient meilleur, plus responsable et plus juste. Nos espaces de coworking permettront non seulement de formaliser l’entrepreneuriat au féminin mais aussi de motiver, de fédérer, d’innover, d’accueillir et d’accompagner toutes celles qui sont porteuses d’un projet.

Propos recueillis par Hapsatou Doro