Blick Bassy à l’énergie !

Si Blick Bassy a d’abord connu la renommée à la fin des années 1990 avec le groupe Macase, l’artiste camerounais fait aujourd’hui danser le public en Afrique et en Europe, avec son troisième album Akö, sorti l’an passé, sorte de porte-drapeau de la multiculturalité et de l’engagement sociétal. « La beauté de ce monde ne consiste pas dans l’assimilation mais dans nos différences. Nous devons revenir à nos origines, et non suivre aveuglément les routes du progrès pavées par l’Occident, non adaptées à nos sociétés, » explique-t-il. L’originalité de cet opus n’a pas échappé à Apple qui a emprunté quinze secondes du titre “Kiki” pour promouvoir la sortie mondiale de l’iPhone 6.

blick bassy

Et l’originalité paie. Près de cent cinquante dates au compteur avec ce projet, et sa tournée s’est étirée jusqu’en décembre dernier. Sur scène, il prouve que la musique est émotion, la force de ses mélodies touche, même s’il nous parle dans cette langue, le bassa, qu’on ne comprend pas. Blick Bassy nous sert sur un plateau une musique blues afro contemporaine. C’est épuré, élégant, sans fioritures. Le tout ponctué de silences, de respirations délicieuses qui nous permettent de mieux apprécier ce voyage musical métissé.

On le croyait uniquement chanteur, il n’en est rien. Blick est capable également de toucher avec les mots, des mots de “camfranglais” (mélange d’argot camerounais, de français et d’anglais) cette fois. Le Moabi cinéma est le titre de son premier roman à moitié autobiographique, paru il y a quelques mois aux éditions Gallimard. Avec un humour à faire sécher les larmes d’une personne en détresse, il dépeint une jeunesse en perte de vitesse, qui tue le temps avec le foot, la bière, la musique et la drague.

Blick l’infatigable a également crée la plateforme Wanda-Full. “C’est un élément de veille visant à amener les artistes à se professionnaliser ; on y donne des tuyaux pour se repérer dans l’industrie du disque et trouver des financements. Aujourd’hui le progrès, le téléchargement ou le streaming modifient notre vie et influent sur le métier. » En somme, il tâche de faire en sorte que les choses soient plus aisées. A l’inverse de ce qu’il a connu à son arrivée en France. « J’y vis depuis une dizaine d’années, et les débuts ont été difficiles. Je devais renouveler mon visa chaque année, et je sais ce que c’est que d’avoir des bâtons dans les roues, même avec le soutien de RFI ou de l’Organisation internationale de la Francophonie. Tout ça fait réfléchir à la notion de droits de l’Homme, à celle d’égalité. On ne doit pas gober n’importe quoi » tranche-t-il.

En tout cas, les grandes villes ne semblent pas son truc. Il a quitté un village près de Yaoundé pour adopter la vie paisible de la campagne française. Tout récemment installé en Aquitaine, il prépare des projets de festivals et des collaborations avec la ville de Bordeaux, jumelée à Douala. Il prépare aussi des actions avec l’ONG Action Contre la Faim ; “Je m’investis à travers cette organisation pour partager mon envie de lutter contre la faim et surtout sensibiliser. On ne doit plus remettre nos vies dans les mains des puissants chefs d’Etats car les puissants c’est le peuple, c’est nous. Partageons et unissons nos forces.” Quelle énergie !

Par Ekia Badou