Calypso Rose, le charme d’une conquérante

En août, nous avions interviewé Calypso Rose à l’occasion du concert qu’elle donnait à la Cigale le 13 Septembre 2016.  Sacrée dans les années 1970 reine incontestée du calypso, elle a remporté le week-end dernier, la Victoire de la Musique 2017 du meilleur album de musiques du monde pour Far From Home.

Découvrez le portrait de la diva des îles, publié dans le magazine I AM DIVAS N°2 (Octobre-Novembre 2016).

Texte Leslie Muya / Photo Richard Holder

┬®-Because-Music

Show-woman et incroyable performeuse, Calypso Rose danse et chante comme à ses 20 ans. Après un demi-siècle de carrière florissante, elle a gardé le charisme et la truculence joyeuse de ses débuts.

À 76 ans, ses yeux, toujours aussi malicieux, ont contemplé la gloire, brillé de joie, pleuré de tristesse et affronté la mort. Si cette dernière l’a privée des hommes de sa vie – son frère aîné, son père et même son époux –, elle ne peut rien contre la musique, son grand amour. Après une vingtaine d’albums et plus de huit cents chansons composées, Calypso Rose revient aujourd’hui avec un nouvel opus intitulé « Far From Home », concocté avec le concours du talentueux Manu Chao !

Au début pourtant, qui aurait parié sur la fille du leader des Spiritual Shouter Baptists ? « Merci Seigneur, je n’ai pas écouté ceux qui ne souhaitaient pas ma réussite, s’exclame-t-elle. Mon Dieu merci parce que je n’ai pas prêté attention aux personnes qui étaient contre moi. Sinon, je ne serais pas là aujourd’hui. Je ne serais pas Linda McArtha Monica Sandy-Lewis alias Calypso Rose ! »

Naissance d’une légende caribéenne

Le 27 avril 1940, une rebelle naît dans le bourg de Béthel à Tobago. Elevée dans une famille très modeste et chrétienne pratiquante, elle est la cinquième de treize enfants. Garçon manqué, elle est du genre à grimper aux cocotiers et aux manguiers. Une énergie insolente qui ne la quittera jamais.

Calypso Rose se souvient que son grand frère revenait toujours malade des expéditions nocturnes au large avec leur père marin-pêcheur. Un crève-cœur pour leur mère qui ne supporte alors pas de voir son fils – le seul garçon qui lui reste après la mort tragique du premier – dans un si lamentable état. Au point qu’elle met un jour le holà. À l’inverse de son aîné, la petite Linda ne redoute pas les eaux agitées de l’océan. Entre la mer et elle, c’est le début d’une histoire d’amour jamais altérée. D’ailleurs, aujourd’hui encore, la diva est convaincue qu’elle lui doit son impressionnante longévité : « Je mange tout ce qui vient de la mer, elle me garde en vie. » affirme-t-elle, sourire aux lèvres.

Malgré leur passion commune pour la mer, père et fille n’ont pas les mêmes goûts en matière de musique.
Sur les stations radio que son paternel capte à l’époque avec son poste bricolé, on ne passe que de la musique occidentale et non les mélodies entraînantes des Caraïbes. « C’est la musique du diable » lui assure t-il. La fillette se soumet… Un temps du moins. À 9 ans, elle s’envole pour l’île voisine, Trinidad, pour vivre auprès de sa tante Edith qui l’a adoptée. Elle y découvre l’univers magnétique du calypso, un rythme hérité des esclaves venus d’Afrique de l’Ouest. C’est la révélation. Dès l’âge de 13 ans, elle commence à coucher sur le papier plusieurs refrains et se produit à partir de 15 ans sous le nom de Crusoe Kid. 

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