Cécile Kyenge : ” L’intégration passe surtout par l’école “

Première femme noire ministre dans le gouvernement italien en 2013, élue députée aux élections européennes de mai 2014, Cécile Kyenge a dirigé la mission de l’Union Européenne chargée d’observer le processus du scrutin présidentiel au Burkina Faso en novembre 2015. Pour I AM DIVAS, elle revient sur son parcours, ses combats et ses espérances.

Entretien avec une femme de caractère et de conviction.

Cecile kyenge

I AM DIVAS : On vous présente comme étant italienne. Avez-vous renoncé à la nationalité congolaise ?

Cécile Kyenge : Non c’est le Congo qui a renoncé à ses enfants en votant une loi interdisant la double nationalité. Ce que je trouve dommage car c’est une richesse. J’ai pris la nationalité italienne parce qu’étant partie très jeune pour faire des études en Italie, à chaque fois que je rentrais dans mon propre pays, j’avais le sentiment d’être une étrangère.

IAD : L’Italie où vous vous êtes installée n’a cependant pas été tendre avec vous. Vous avez été l’objet d’insultes racistes : on vous a jeté des bananes, un sénateur vous a même comparé à un orang-outan…

Cécile Kyenge : Absolument ! Déjà à la fin de mes études de médecine, mes camarades italiens trouvaient tous du travail, tandis que moi j’avais des difficultés à m’intégrer professionnellement . C’est aussi ce qui a motivé mon entrée en politique car je considère qu’il vaut mieux soi-même plaider sa cause que s’en remettre à un tiers. Le racisme et la xénophobie se combattent sur le terrain des idées, ainsi que dans les urnes. Vous savez, en Italie l’immigration est encore jeune. Il y a 5 millions d’étrangers dont 1,5 million originaires d’Afrique noire. Les autres viennent de la Roumanie, du Maghreb et d’autres continents. Ma conviction est que l’intégration de ces personnes passe surtout par l’école, car c’est là qu’on apprend à accepter l’avénement d’une société multi-culturelle. Et c’est d’abord aux politiques d’y veiller. Lorsque j’étais ministre de l’intégration, ma principale mission était justement de faire en sorte que l’intégration et l’inclusion des migrants soient prises en compte dans tous les ministères.

Quels sont vos rapports avec l’Afrique en général et la République démocratique du Congo en particulier ? 

J’ai très peu de contacts directs avec le continent et la RDC. J’y retourne rarement, mais je suis de près ce qui se passe. Quand j’étais ministre, j’ai assisté en octobre 2013, au repêchage de 366 corps de jeunes africains sur la plage de Lampedusa. En avril 2014, ce sont 900 personnes qui se sont noyées dans la mer ! Aucun ministre, encore moins chef d’Etat africains n’est venu exprimer des regrets ou assister aux funérailles. Les populations doivent y réfléchir et demander des comptes à leurs gouvernements : pourquoi tant de gens perdent la vie pour un eldorado imaginaire alors qu’ils auraient pu bénéficier d’un partage équitable des richesses dans leur pays ?

Vous êtes issue d’une famille polygame. En tant que femme, quel est votre avis sur cette politique ? 

Je ne suis pas favorable à la polygamie. La femme et l’homme doivent partager leur vie et être responsables de leurs enfants. Sur ce sujet comme sur d’autres, il y a des pratiques qui sont contraires aux textes internationaux ratifiés par les Etats africains comme par exemple le Protocole de Maputo, rédigé par les femmes africaines.

Propos recueillis à Ouagadougou par Joachim Vokouma.