Chef Anto, le goût de la passion

Sa cuisine est un parfait mélange de « french touch » et de saveurs africaines. Passionnée depuis toujours, cette Gabonaise travaille en région parisienne comme chef à domicile et traiteur. A seulement 34 ans, ses prestations et créations font d’elle une cheffe à ne pas sous-estimer.

Le chef Anto

Son riz au lait avec un coeur fruit de la passion et une gelée fleur d’hibiscus a fait sensation au Salon des Gastronomie d’Outre-mer (organisé par Babette de Rozières) en février 2016. Repérée par le magazine afrocooking, puis à la maison de la Martinique, tout s’enchaine rapidement pour Antompindi (« femme des champs » en l’omyènè, langue parlée au Gabon) de son vrai nom. Travailleuse et déterminée, elle va officier pour des évènements tels que le Dîner de Gala de la Cop 22, l’Open de France de tennis à Roland-Garros ou encore le Salon de l’aéronautique au Bourget.

Une évidence étouffée 

Pourtant dans la culture africaine, être cuisinière n’est pas un métier valorisant. Toute femme doit savoir cuisiner !  Ce n’est sûrement pas ses parents nutritionniste et ingénieur de profession, qui diront le contraire. Au Gabon, lorsqu’elle annonce que la cuisine est le seul domaine où elle se sent bien, un mur d’opposition se lève contre elle « c’était un peu… comme un cheveu sur la soupe (rires) » . C’est tout de même sa mère qui réussira à faire fondre le doyen de la famille avec un argument  indiscutable : « Si on la laisse partir en France, tu vas voir, elle pourrait être le chef cuisinier du président de la République ! »

Aller au marcher et toucher les aliments, regarder le frigo et se demander ce qu’on va préparer. Voilà ce qu’elle aimait faire. A 14 ans, sur un coup de tête, elle décide de monter un petit commerce : «  J’ai demandé à ma mère de m’acheter des moules à madeleine et muffins. Je vendais les gâteaux dans ma classe de 3ème  puis dans quasiment tout l’établissement.»  Il lui est arrivé de faire autant d’argent qu’un simple professeur  juste en vendant des madeleines… c’est à dire 200 000 FCFA (environ 300 euros).

Une aventure gourmande

19 ans et une envie de croquer le monde à pleines dents ! Anto arrive à Grenoble en 2002 et étudie à l’Ecole Hôtelière Lesdiguières. Après son BTS en art culinaire, elle intègre une Licence en restauration à l’IUT Pierre Mendès France mais ne s’arrête pas là. Formée en 2007 par l’ESCF Grégoire Ferrandi, Anto apprend à transformer un plat traditionnel tel que le boeuf bourguignon en bouchée. Etant la seule noire de sa promotion, elle se dit qu’il y a réellement quelque chose à faire ! : « Chez nous quand on fait des repas de fêtes c’est toujours présenté comme si on était à la maison et ce même si les gens sont bien apprêtés. » Elle a cette soif de mettre toutes ses connaissances au service « de nos cuisines » : le mafé mais pas disposé dans une grosse assiette alors que les mains sont prises par le sac et la coupe de champagne ! Nouvelle et capitale étape : à 34 ans, le chef Anto s’est mise à son compte en janvier 2016, sur un « créneau » original : elle vient, sur demande, chez vous et vous concocte des plats africains mais à sa façon.  Elle compte bien d’ailleurs sublimer cette nouvelle année culinaire. Anto fait voyager une clientèle parisienne, présente un continent  moderne, chic et… rend fière l’Afrique !

Par Leslie Muya.