Musique

Entre Addis-Abeba et New York 

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Le pianiste et chanteur Girma Béyéné  fut, dans les années 1960-1980, un des artistes les plus créatifs et prolifiques de la scène musicale éthiopienne, quand Addis-Abeba inventait un son original et unique. Exilé aux Etats-Unis après l’arrivée de Mengistu au pouvoir, il fit silence de longues années. Accompagné du groupe Akalé Wubé, il renaît dans cet opus de manière éclatante. Il y a du Canned Heat ou du JJ Cale dans certaines atmosphères, du groove soul à la Curtis Mayfield, des boucles rythmiques façon afro-funk, du son rock british des seventies ou de la frénésie bebop dans ces douze titres qui, pourtant, ne se départissent jamais des harmonies modales propres aux traditions éthiopiennes.  Fusion, la panacée de la world music ? Bien plus ! On a à faire, ici, à ce que l’on pourrait qualifier de « dépaysement sonore », de créolisation musicale intégrale, où l’on ne sait plus qui est qui, qui est bluesman de Louisiane et qui est chanteur d’Addis-Abeba. Bref, « Mistakes on Purpose » est un très bel album à mettre entre toutes les oreilles.

Mistakes on Purpose, Girma Bèyènè & Akalé Wubé, Buda musique

NEK-FEU SUR LE CONFORMISME RAP !

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« Est-ce que tu t’es déjà fait rabaisser par celle que tu aimais secrètement, gentille en privé mais devant les gens, cruelle et légère ? » La première ligne de « Humanoide », le titre d’ouverture du second album de Nekfeu,   Le ton est donné dès les premiers mots ; dans l’univers de cette espèce de Baudelaire en mode street-wear, l’artiste n’hésite pas à parler de lui, de son moi intime, à mettre en avant son côté féminin ou du moins « dominé », tout en questionnements. « Cyborg », rien que pour cette raison, fait tâche dans ce monde du rap d’un conformisme testostéroné atterrant.  Et le jeune rappeur niçois confirme les espoirs qu’il laissait entrevoir avec son premier opus, « Feu », qui avait été salué par les médias (Victoire du meilleur album de musique urbaine 2016). Swingueur au flow virtuose, il sait éviter avec adresse poncifs trap et découpe rythmique old school  et atteindre même, parfois, cette vérité poétique (« Car la naissance, dès la naissance, est un bidon d’essence », in « Besoin de sens ») dont est dénué la plupart du temps le hip-hop. Ne manquent plus que des backing instrumentaux, que des arrangements plus forts, plus ambitieux (le featuring du géant du jazz Archie Shepp, par exemple, est une bonne piste) pour que le prochain disque soit un chef d’œuvre.

Cyborg. Nekfeu. Polydor/Universal

Tanya is back !

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Huit ans que Tanya St-Val, une des « mères fondatrices » du zouk, n’avait pas sorti de « vrai » album ! Une éternité pour un show-biz qui brûle aussi vite ses idoles qu’il les encense… Deux CD. L’un, « Soleil », est dédié à un zouk bien charpenté, encore que sans titres d’éclats ; l’autre s’intitule « Lune ». Ou comment satisfaire ses pulsions soul-jazzy sans perdre son « antillanité ».  Si sa réussite n’est pas totale, ce volume est néanmoins intéressant. A déguster au calme dans son salon en écoutant la belle chanteuse guadeloupéenne (débarrassée de son péché de jeunesse, à savoir trop pousser sa voix) chanter dans le souffle en un feulement sensuel qui la rapproche souvent de certaines « sœurs »  américaines.

Voyage. Tanya St-Val. Netty Prod-Mizikarayib/Shark Entertainment.

Le curieux son de The Weeknd

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Troisième album de  la nouvelle « voix d’or » de la scène musicale américaine. Après le maxi-succès du précédent, « Beauty and The Madness », pas facile de relever le défi  de faire aussi bien !  The Weeknd y parvient partiellement, si tant est que « Starboy » reprend la même recette que « Beauty… », à savoir une curieuse direction artistique : de la soul « rehaussée » de temps en temps d’un son plus mainstream, plus tourné vers un public blanc, (visée commerciale oblige !).  On trouve néanmoins de belles réussites, notamment « Starboy » et « I Feel it Coming » qui bénéficient de la vitamine Daft Punk, le rap « Sidewalks », « A Lonely Night » ou encore le mélodique « Nothing without You »..

Starboy. The Weeknd. Republic Records/Universal.

Par Jean-Michel Denis.