Chroniques cinéma

Dansez Jeunesse !

Regard droit, taiseuse, Toni, jeune fille de 11 ans, promène sa silhouette de petite nana black et menue, dessinée de muscles, dans le club de boxe de son frère aîné. Elle tue le temps à s’entraîner sur le ring. Mais elle découvre un jour les Lionnes, groupe de danseuses délurées, férues de Drill, nouveau groove urbain issu de rythmes hip-hop et rap…  On est embarqué par les beats bien sentis de la narration, en parfaite harmonie avec l’univers sensoriel de Toni. On est conquis par la performance et l’énergie d’actrices non professionnelles, vraies danseuses originaires de Cincinnati, un quartier new-yorkais. A contre-courant des films aux thématiques sportives, traités généralement avec frénésie, « The Fits », de Anna Rose Holmer, montre de manière quasi contemplative la passion émergente de Toni (Royalty Hightower).

The Fits, de Anna Rose Holmer, avec Royalty Hightower. En salles, le 11 janvier 2017.

Film Noces

A la vie, à la mort !

Porté par Zahira, (Lina El Arabi), une héroïne au regard buté et sombre, « Noces » de Stephan Streker, dit avec réalisme le trouble qui s’instille dans l’esprit de cette lycéenne belgo-pakistanaise de 18 ans en plein éveil sensuel et tiraillée telle une Antigone des temps modernes, entre devoir moral et social ; elle multiplie les provocations, passant pour une révolutionnaire, se fait avorter et, bien entendu, refuse le mariage traditionnel que veulent lui imposer ses parents. Loin des clichés, le cinéaste dépeint les sentiments et les émotions à vif, il montre avec justesse cette fratrie meurtrie où chaque membre pourtant pétri d’amour, forme un panthéon convulsif de destins tourmentés. Un destin tourmenté à l’image du personnage du frère aîné (Sébastien Houbani) qui trouve la folie de commettre l’impensable, poussé par un père autoritaire (Babak Karim).

Noces, de  Stephan Streker, avec Lina El Arabi, Sebastien Houbani, Babak Karimi. En salles, le 22 février prochain.

Corps et âme.

Ode poétique à la beauté du Haut-Atlas marocain, « Mimosas », est une quête spirituelle. Ahmed et Saïd, deux vauriens, sont investis d’une mission sacrée : convoyer la sépulture d’un vieux cheikh. Aux prises avec les lois redoutables des éléments naturels, les deux hommes, sont rejoints par un autre compagnon de route, Shakib, habité par la folie. Dialogues retenus, souveraineté de la nature, esthétique hors pair, « Mimosas », Oliver Laxe, cinéaste espagnol qui vit au Maroc, est un film ambitieux et mystique, qui a été récompensé par le Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, en 2016.

Mimosas, de Oliver Laxe, avec Ahmed Hammoud et Saïd Aagli. En DVD. 

charaf_wissam tombés du ciel

Le film d’un retour au pays natal

« Heaven Sent », de Wissam Charaf, un réalisateur marquant du néo-cinéma libanais, suggère l’introspection en questionnant de manière pertinente le visage actuel du pays du Cèdre. Cette histoire tragi-comique suit les pas de Samir, personnage en errance et ancien milicien, présumé mort, qui réapparaît dans la vie de son frère, Omar, garde du corps. Samir revient sur les traces de sa jeunesse, de la société, de l’histoire nationale qu’il ne connaît plus. La caméra nous place face aux regards croisés de deux frères dans un réalisme âpre mais drôle.

Heaven Sent, de Wissam Charaf, avec Rodrigue Sleiman et Raed Serhan. En salles, le 15 mars 2017.

iamdivas-fouzia-marouf

Par Fouzia Marouf.