Chroniques musique

DECEMBRE 2016

ArtScience. Robert Glasper Experiment. Blue Note/Universal.

Les « alambics » du Robert Glasper Experiment

« This is not Fear », le titre d’ouverture de ce troisième album du Robert Glasper Experiment retrace le parcours de son leader. Ca commence par une walking bass galopante, un piano et un saxophone détricotant la tonalité comme aux plus belles périodes du free-jazz puis, peu à peu, un clavier et ses accords mélodieux apaisent cette cavalcade sauvage, le tempo se fait binaire et on débouche sur le black paradis d’un univers funk enfin harmonieux. Robert Glasper, pianiste et chanteur, originaire de Houston, est dans l’experiment, l’expérience, à savoir une cohabitation racée du jazz avec des tempos marqués à la Prince, de la nu-soul ou du hip-hop groovy. La preuve : les deux premiers opus  de l’Experiment, « Black Radio » (2012) et « Black Radio 2 »(2013) qui ont vu les contributions d’artistes aussi prestigieux que Erykah Badu, Jill Scott ou Norah Jones. Nul featuring pour cette troisième galette mais une qualité qui ne se dément pas. On pense, entre autres, au funky « Thinkin’ About You », à la ballade soul « You and Me » et, surtout, à « Written in Stone », chanson qui aurait mérité d’être élevée au rang de tube.

ArtScience. Robert Glasper Experiment. Blue Note/Universal.

Insatisfait de Black M

éternel-insatisfait Black M

Ce deuxième album de Black M aura au moins le mérite, à travers certains titres (« Je suis chez moi », « #Askip », « A l’ouest »), de mettre l’accent sur le malaise qu’éprouvent actuellement de nombreux jeunes issus de l’immigration à l’égard d’une France, mère patrie souvent indigne à leur égard. Témoin « Je suis chez moi » : cette chanson fut composée en réponse à l’annulation, en mai dernier,  sous la pression de l’extrême droite, du concert que Black M devait donner à l’occasion de la célébration du centenaire de la bataille de Verdun. Une gentille adresse à tous les réac du royaume de Gaule, en comparaison de laquelle un discours de François Bayrou paraîtrait d’extrême gauche ! C’est là, plus généralement, la tonalité de cet opus : textes rebelles light avec ses formulations ados et musique « chartistiquement » correcte. Mais, attention, avec les membres de Sexion d’assaut comme Maître Gims ou Black M, on n’est jamais à l’abri de surprises ! C’est le cas de « C’est quoi le del » ou « Beautiful ». Et, surtout, surtout, de « A l’ouest » avec, en featuring, MHD. On vole ici en classe  affaires ! Rythmique coupé-décalé qui tue, riffs exceptionnels de guitare complétés d’arpèges swing de kora, flow tout en tension. A faire flamber les pistes de danse !


Eternel insatisfait. Black M.Jive-Epic/Sony Music.

Retiens mon désir, Cléa Vincent

Clea Vincent et sa pop acidulée

« Retiens mon désir ». Superbe titre pour le premier opus de cette jeune artiste française qui dit d’ores et déjà tout sur son contenu. Cléa Vincent suit et analyse les méandres de l’amour, dans la lignée de la grande chanson française, celle d’un Serge Gainsbourg, d’un Elli et Jacno et avant tout d’un Etienne Daho. Vous aurez compris que la demoiselle nous sert ici, de sa voix acidulée et un peu déglinguée, une pop bien faite, parfois mélodique et accrocheuse comme dans « J’my attendais pas ». Un CD girly ET intelligent.

Retiens mon désir. Cléa Vincent. Château perdu & Midnight Spécial Records.

How Near How Far. Etienne Mbappe & The Prophets. Abstractlogix.

Etienne Mbappe : chanson ou aventure instrumentale ?

Le maestro de la basse, le Camerounais Etienne Mbappe, qui délivre ici un album intitulé « How Near How Far », revient avec un nouveau groupe, The Prophets. Et toujours le même dilemme quand un musicien semble avoir fait le tour de son instrument. Dois-je aller vers plus de sophistication, de complexité instrumentale ? Ou rester au contact d’une certaine fraîcheur mélodique ? Etienne a choisi la première option avec cet opus et c’est dommage. Restent deux temps de grâce : « Mang Lady » et « Muusango Na Wa », extraits de son meilleur album, le très grand « Su la Take » (2008). Etienne y revient comme nostalgique de la beauté des mélodies perdues.

How Near How Far. Etienne Mbappe & The Prophets. Abstractlogix.

 

Par Jean-Michel Denis

Chroniqueur Jean Michel Denis