Cover story : Isabelle Adjani, fille au père

16h45. 10 décembre. Bibliothèque de l’hôtel La Mamounia, mythique palace de Marrakech où rendez-vous a été fixé pour notre entretien avec Isabelle Adjani, invitée d’honneur du Festival international du film (FIFM).  Elle nous attend, coiffée d’un élégant chapeau de paille beige et vêtue d’une robe bleu en mousseline marine à col claudine. Regard droit, sourire en bannière, naturelle et à l’aise. Une grâce… Kelly – une des vedettes préférées du très grand Alfred Hitchcock – version brune. Le réalisateur britannique, qui a tourné en 1956 L’Homme qui en savait trop au cœur de ce palace marrakchi, n’aurait pas hésité à filmer un long plan séquence afin de tenter de sonder le bleu impénétrable des beaux yeux d’Isabelle.

À l’instar de l’apparence froide des héroïnes du réalisateur de Psychose sous laquelle  se cache  un indiscutable feu de l’âme, le sourire d’Isabelle semble masquer un remue-méninges certain. Toujours le même, sempiternel problème des origines à résoudre pour une fille d’émigrés de la deuxième génération ! Une femme, née en 1955 dans le XVIIe arrondissement de Paris et nourrie aux exploits scolaires de Vercingétorix, de la Révolution française et de l’imparfait du subjonctif. Mais un père d’origine kabyle avec tous les impératifs culturels spécifiques que son parcours comporte et une mère allemande qui avait, entre autres, honte des origines de son mari.

Il y a plusieurs années, lors d’une cérémonie des César, vous avez été la seule actrice à prendre la parole pour défendre le cinéma africain réduit à peau de chagrin. Ce continent est, selon vous, le berceau de l’humanité ?

Absolument. Et il nous appartient également de le rappeler sans cesse. Aujourd’hui, de nouveaux cinéastes représentant ce continent se sont imposés mais il y a à peine quelques années de cela, les grands noms du 7e Art africain travaillaient seuls, à l’écart.

Dans Carole Matthieu, drame social d’une rare force présenté lors de votre hommage à Marrakech et diffusé sur la chaîne Arte une semaine auparavant, vous avez accepté un rôle tant politique que subversif…

Dans ce film, on y dévoile en effet la relation absolument impuissante de cette femme, médecin, qui ne parvient pas à aider les gens à s’extraire d’une situation qui les aliène et les condamne. C’est une œuvre qui compte, comme les films de Ken Loach. Aujourd’hui, le cinéma social est en passe d’exploser en France, à l’image du 7e art anglais où ce genre a déjà pris une place majeure depuis plusieurs décennies.

Ce film vous a marquée ?

Oui. Certains films sont importants pour les actrices, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un personnage qui se bat sans relâche. Je pense notamment au rôle interprété par Sandrine Bonnaire dans Sans toit, ni loi réalisé par Agnès Varda.  C’est un cinéma qui est proche de la veine d’un autre réalisateur, Bruno Dumont.

Texte Jean-Michel Denis. Propos recueillis par Fouzia Marouf 

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