Robyn Orlin danse avec les tabous

Robyn Orlin, chorégraphe sud-africaine bien connue est une artiste pluridisciplinaire, une des plus brillantes de la génération des pionniers de la danse contemporaine africaine. Elle aborde des sujets de société souvent tabous en rapport avec l’histoire et la culture de son pays, au rythme de danses audacieuses qui chaloupent entre l’Afrique et le classique.

Portrait de Robyn Orlin @PMMoinet

Portrait de Robyn Orlin @PMMoinet

Robyn Orlin est née en 1955 à Johannesburg d’un père lituanien et d’une mère polonaise (et danseuse) qui ont émigré en Afrique du Sud avant la Seconde Guerre Mondiale. Elle étudie à la London Contemporary Dance School pendant cinq ans avant de partir pour les Etats-Unis, à Chicago, explorer les arts visuels à la School of Institute Art. A la fin de ses études, elle retourne dans son pays où elle réalise des spectacles et organise des ateliers dans les townships. Elle vit désormais à Berlin avec son époux, Oliver Schimtz et à Johannesburg, où elle puise toute son inspiration et sa vitalité innovante.

C’est en 1999 qu’elle se fait officiellement connaître sur la scène internationale, avec le spectacle, Daddy, I’ve seen this piece six times before and I still don’t know why they are hurting each other (traduction: Papa, j’ai déjà vu cette pièce six fois et je ne sais toujours pas pourquoi ils se font du mal). Un spectacle qui a fait date dans le monde de la danse contemporaine africaine, un manifeste authentique et esthétique qui aborde ses sujets de prédilection : la condition des femmes, la discrimination raciale, le snobisme artistique et les clichés sur l’Afrique. La fantaisie et la caricature sont ce qui la différencie des autres chorégraphes. Ce spectacle remportera un succès fou. Il remporte le Prix Jan Fabre de la chorégraphie la plus subversive des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint-Denis, à Paris en 2000, le 3ème prix des Rencontres chorégraphiques africaines et de l’Océan Indien (Afrique en Créations) en 1999 et le Laurence Olivier Award pour la “Meilleure révélation en danse” en 2003.

La création d’oeuvres ira ensuite crescendo. Have you Hugged, Kissed and Respected your brown Venus today? (traduction: As-tu déjà embrassé et respecté ta Vénus noire aujourd’hui) en 2011, At the same time We were pointing a finger at you (traduction: En même temps nous pointons le doigt vers toi)en 2014… Elle repousse sans cesse les limites de l’art et de la danse. Ses chorégraphies sont toujours très théâtrales avec l’utilisation de vidéos (souvent en guise de fond sonore). Un des principes directeurs chez Robyn, c’est que les spectateurs font partie intégrante du spectacle. Ils sont amenés à participer de manière interactive, ce qui crée une osmose entre les spectateurs et les danseurs. Son art est offensif, engagé et entièrement voué à la cause d’une danse populaire et politique. Comme elle dit : “L’art ne sert à rien, s’il n’est pas en prise avec le réel”.

Par Marella LUMBILA