De la té-ci à la cité

Depuis 2012, une association du département de l’Essonne, en banlieue parisienne, met sur pied des ateliers d’écriture musicale, en direction des 18-35 ans, pour promouvoir la citoyenneté. La récompense pour les meilleurs : l’enregistrement d’un titre dans un studio new-yorkais !

“Si j’étais Maire de ma ville, les rues seraient moins tristes”, “Dans ma ville pas de seconde classe, tout le monde se place”, rappe Cless Shine. L’année dernière, elle a participé au concours “Maire de ma ville” lancé par l’association GrignyWood. “Au début, j’étais pas emballée parce que la politique, pour moi, sert surtout l’intérêt des puissants et de leurs proches mais j’ai pu exprimer des idées et en sortir grandie. » « Il a été nécessaire de les motiver, de les inciter à prendre part aux débats politiques », affirme Omar Dawson, membre fondateur de l’association GrignyWood. Depuis 2012, celle-ci gère cette opération qui s’adresse à des jeunes, de 18 à 35 ans.

Au départ, cette initiative était locale, en direction seulement des habitants de Grigny. Elle est née à la vue du fort taux d’abstention dans les quartiers, du désintérêt des jeunes pour tout ce qui concerne l’accomplissement des devoirs citoyens. Omar, ses collègues et amis vont redoubler d’inventivité. Ils vont obtenir de BNP Paribas et d’autres entreprises qu’elles s’engagent. Le député de l’Essonne, Malek Boutih, plaide leur cause et les reçoit à l’Assemblée Nationale. Ces travailleurs sociaux s’adressent aux jeunes avec les codes qui leur sont propres ; musique, réseaux sociaux, télé-réalité et “bling bling” sont au programme. Ainsi, chaque vacances scolaires, pendant deux semaines ou un mois et demi, dix à quinze candidats participent aux ateliers d’écriture -de textes ou de musique- encadrés par 5 adultes minimum. Les participants y répondent aussi à des questionnaires à choix multiples pour mieux comprendre le rôle des élus et des différents ministères. Ils couchent sur papier des programmes pour améliorer le quotidien des riverains et des citoyens français en général. Ils sont invités à aller sur le terrain recueillir doléances ou nouvelles idées, à monter des plans de communication avec notamment des réalisations de clips. Les trois meilleurs se voient offrir un séjour outre-Atlantique avec l’enregistrement d’un titre dans le prestigieux studio new-yorkais, “Quad Recording », que fréquentèrent Tupac, Lil Wayne, Nas ou encore Mariah Carey.

“Au début, j’y croyais pas du tout. Je me disais, c’est impossible qu’un petit banlieusard gagne un concours et finisse par enregistrer à New York, dans un studio mythique », explique Mira Bergeres, originaire des Ulis. Finalement le rêve est devenu réalité. En 2015, il s’envole pour la Grosse pomme, au côté d’Anisse, de Mantes-la-Jolie, et Djex, de Grigny. Une expérience qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. “On a visité un foyer de jeunes en difficulté. On a vu une misère à laquelle on n’était pas préparé. C’était un échange fabuleux.” Grey, le premier gagnant de ce programme, s’en souvient comme si c’était hier. Depuis, ce musicien écrit des textes où il incite les citadins à être fiers de leur ville et à la préserver, “Elle a su m’apprendre la vie” ; “Je la protégerai à 100%”, “Je la ferai aller de l’avant”, “Je rétablirai le respect des anciens ».  A 24 ans, Grey a monté Golden Raw, son propre label composé de vingt artistes (chanteurs, rappeurs, danseurs, beatmakers et cadreurs), “grâce à (s)on expérience avec GrignyWood ».

Plus de 300 jeunes ont participé à cette aventure depuis sa création. Les communes d’Orly, Grigny-Viry, Evry, Corbeille et Montrais prévoient d’accueillir cette expérience à leur tour. Les organisateurs ont aussi la tâche de mettre en place des ateliers en partenariat avec la Belgique, le Brésil, le Canada, les Etats-Unis et le Sénégal. Des vocations et des consciences politiques vont sûrement naître…

Par Ekia Badou