Des couleurs pour Miss France !

Quatre jeunes femmes venues des confins de la République française primées lors de la dernière édition ! Une première. Que faut-il y voir ?

Curieux paradoxe que l’élection de miss France ! Tout a commencé en 1974 avec le choix par le jury national de miss Tahiti, beauté polynésienne qui ne fleurait ni le bocage normand ni la garrigue provençale. Depuis, à un rythme régulier, on a vu se succéder des jeunes filles à l’exotisme plus ou moins prononcé et qui venaient enrichir la palette des plastiques « gauloises ». Depuis, neuf représentantes venues de ces « ailleurs » pourtant bien français ont ceint la couronne nationale : trois autres Tahitiennes, deux Réunionnaises, deux Guadeloupéennes et une Néo-calédonienne.

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Sans compter ces autres « reines » au superbe métissage que ne laissait pas forcément entrevoir leur étiquette. Si l’on a peut-être oublié que défendant les couleurs (c’est le cas de le dire !) de l’Alsace, Suzanne Iskandar, Franco-libanaise, a été élue miss France en 1985, tout le monde se rappelle en revanche le sacre de la belle et fine Sonia Rolland, franco-rwandaise qui représentait la Bourgogne, en 2000 ; de même que celui de la métisse franco-américaine Chloe Mortaud, en 2009, jolie « brunette » qui représentait l’Albigeois-Midi-Pyrénées. Morale de cette histoire : la France semble affirmer sa multiculturalité et prendre conscience du fait que les peaux couleur de miel (dixit l’écrivain Raphaël Confiant) aux yeux marron profond s’immiscent peu à peu dans le contingent traditionnel de blondes aux yeux bleus !

Que faut-il penser, qui plus est, de ce tir groupé, en 2017? Alicia Aylies, miss France, venue de Guyane. Deuxième dauphine : miss Tahiti. 3e dauphine : miss Guadeloupe. 5e dauphine : miss Réunion. Et une consultation du reste du palmarès est tout aussi instructif : on relève parmi les autres concurrentes, une Maurane Bouazza, miss Bretagne, cette jolie femme d’une beauté toute indienne qu’est Meggy Pyaneeandee (miss Ile-de-France) ou Justine Kamara, miss Lorraine. Bref, avec cette édition 2017, les minorités n’ont jamais été aussi visibles ! Du coup, Marine Le Pen qui était reçue précisément à Cayenne le jour de l’élection (l ‘histoire a de ces ironies quand même !), a du trouver que sa coupe de champagne avait le goût d’un Champomy tiède et périmé…

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Miss France 2017 , Alicia Ayliès

A quoi attribuer cette sorte de « plébiscite » du  vivre-ensemble formulé par la France profonde qui, on le sait, s’exprime à cette occasion ? Drôle de scrutin que celui des reines de beauté qui paraît prendre le contre-pied des sondages actuels donnant le Front national à plus de 20%, pour l’élection présidentielle ! Que faut-il y voir ? L’expression d’un machisme bien ordinaire (sur le mode : « Je me fous de sa couleur, du moment qu’elle est sexy ! ») ? Ou simple et fidèle reflet d’une nation métissée qui a du mal à s’imposer dans d’autres secteurs de la société ? Et si, finalement, l’élection de miss France 2017 faisait figure de premier verdict dans les urnes, avant le grand rendez-vous d’avril ? L’expression d’un pays réel, aux antipodes de l’image qu’on veut lui coller ?

Jean-Michel DENIS