Didier Claes : « Le BRUNEAF et la BRAFA : deux foires d’art de dimension mondiale »

Didier Claes est l’un des plus éminents experts en matière d’art africain traditionnel de Belgique. Quadragénaire élégant au sourire franc, il affiche, malgré son jeune âge, un parcours de plus de 20 ans dans ce marché si particulier. Deux événements majeurs, dont Il est l’une des chevilles ouvrières, la BRUNEAF et la BRAFA, animent pendant quinze jours la vie bruxelloise. Interview.

Didier Claes - Crédit photo Christian MISSIA DIO

Qu’est-ce que la BRUNEAF ? Comment est né cet événement ?

La BRUNEAF est une réunion de marchands et de collectionneurs qui existe depuis 25 ans. Dans les années 1980, les ventes publiques d’art africain se passaient à Amsterdam, chez Christie’s. Et tous les amateurs français d’art africain passaient par Bruxelles pour se rendre aux Pays-Bas. Petit à petit, l’idée est née de créer un événement autour de l’art africain afin de proposer aussi quelque chose à ce public de connaisseurs de passage régulièrement chez nous. Au début il n’y avait que cinq ou six galeries qui y participaient mais aujourd’hui c’est devenu un événement mondial. Depuis, la BRUNEAF a été copiée par Paris qui propose également un parcours des galeries d’art.

Vous êtes actuellement le président de la BRUNEAF et aussi le vice-président de la BRAFA, la Brussels Art Fair. Pouvez-vous nous parler de cet autre événement belge majeur pour l’art ?

La BRAFA est un événement qui existe depuis plus de soixante ans. Elle a aussi une très belle histoire. Au début, cet événement s’appelait la Foire des Antiquaires de Bruxelles. Puis, c’est devenu la foire des antiquaires de Belgique mais aujourd’hui c’est un événement qui réunit plus de cent-trente marchands d’art mais à l’échelle mondiale.

Actuellement, je suis le vice-président de l’association et nous avons essayé de créer un pôle d’art africain au sein de la BRAFA. La BRAFA est l’une des trois ou quatre plus belles foires d’art au monde ! Notre événement a lieu chaque année au mois de janvier sur le site de Tour & Taxis.

Statue nkishi Songye-2 - Crédit photo DR

Ces dernières années, un mouvement porté par des personnalités telles que Sindika Dokolo ou Marie-Cécile Zinsou s’est enclenché pour exiger la restitution des œuvres d’art africaines spoliées durant l’esclavage et la colonisation. Bien qu’ambitieuses, ces initiatives restent néanmoins privées… Qu’en pensez-vous ?

Je soutiens totalement ces initiatives ! Si demain un juif new-yorkais décidait de racheter avec ses propres moyens financiers les pièces volées par les Nazis, on lui érigerait une statue dans chaque pays du monde, des USA à Israël…

Il s’agit d’initiatives privées qui ont pour but de réveiller les consciences et cela fonctionne. Ça réveille les consciences. Sindika est un garçon très intelligent, que j’apprécie énormément. C’est un amoureux de l’art et un amoureux de l’Afrique. Tous deux le prouvent avec leurs collections et expositions. Eux et moi, nous nous entendons sur beaucoup de choses et nous avons la même ligne de conduite. Si nous ne mettons pas le pied sur l’accélérateur, les choses prendront beaucoup trop de temps à se faire. Nous voulons voir les choses bouger maintenant, pas dans trente ans !

Selon vous, quel est le pays ou la région du continent africain où les meilleures initiatives sont prises pour la préservation et la valorisation du patrimoine artistique ancien et contemporain ?

Je ne connais pas assez bien l’Afrique maghrébine. Mais en Afrique subsaharienne, le pays que je sens le plus concerné par ces questions-là, c’est l’Angola.

Propos recueillis par Christian Missia Dio

BRUNEAF. Jusqu’au 22 janvier 2017. Bruxelles. bruxelles.www.bruneaf.com

BEAFA, Brussels Art Fair. Du 21 au 29 janvier 2017. Bruxelles. www.brafa.art