Enquête : Somaliland, les femmes à l’offensive !

Enfants, elles ont quitté sous les bombardements leur terre natale, devenue depuis un État non reconnu par la communauté internationale. Aujourd’hui, elles y retournent avec, dans leurs valises, des projets d’entreprises et le désir ardent de faire bouger les mentalités.

Texte Emmanuel Haddad

Photos Adrienne Surprenant

SOMALILAND I AM DIVAS

La preuve du retour réussi de Sucaad Odowa dans son pays d’origine, le Somaliland, c’est une grande demeure ornée d’arbres fruitiers, décorée avec soin, qui contraste avec les masures alentour dans le centre-ville d’Hargeisa, la capitale. Foulard de soie et collier de perles, cette ex-travailleuse sociale londonienne rayonne dans la maison familiale qu’elle a transformée en restaurant : « Au Royaume-Uni, je n’étais qu’un chiffre. J’ai eu le sentiment qu’ici, avec mon expérience, je pourrais me différencier », livre-t-elle. « Aujourd’hui, j’emploie vingt-six personnes et j’espère que ce n’est qu’un début. » Si la quadragénaire a fui ce foyer attachant en 1988, à l’âge de 15 ans, c’était pour échapper aux bombardements perpétrés par la dictature du Somalien Siad Barré : à l’époque, cinquante mille personnes sont mortes et un demi-million déplacées. Mais en 2012, elle a décidé de retrouver ses racines.

Comme Sucaad, de plus en plus de femmes somalilandaises quittent l’Europe ou l’Amérique du Nord pour monter une affaire à Hargeisa. Avec cet État autoproclamé en 1991 et qui s’était séparé dans la douleur de la Somalie1, elles trouvent une terre d’opportunités à saisir, mais où tout est à reconstruire. Edna Adan, pionnière et source d’inspiration pour beaucoup d’entre elles, se souvient de son retour dans un lieu dévasté : « En juillet 1991, Hargeisa ne comptait plus que 10 000 habitants. C’était une ville fantôme, uniquement truffée de mines. J’ai construit un hôpital universitaire là où l’armée somalienne exécutait les civils pendant la guerre », affirme cette sage-femme élégante, ex-Première Dame (son mari, Mohamed Ibrahim Egal a été élu président de 1993 jusqu’à sa mort en 2002. NDLR) et ex-ministre des Affaires étrangères de cet État en gestation.  

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