Exposition Présumées coupables du 14è au 20è siècle

Accusées, levez-vous !

Illustration représentant ce que l’on appelait une “pétroleuse” au 19eme siècle.

Le crime au féminin est l’objet de fantasmes véhiculés par les mythes, la religion, l’iconographie, la littérature et le cinéma qui n’ont eu de cesse d’accentuer les stéréotypes dans l’imaginaire social, bien qu’il ne représente que 5% de la criminalité, un chiffre stable depuis le Moyen-Age. C’est ce thème, ô combien sensible, que le musée des Archives nationales propose, sous la présidence d’honneur d’Elisabeth Badinter, figure emblématique de la cause féministe. Une exposition passionnante retraçant, de la fin de l’ère médiévale au XXè siècle, les destinées fragiles et brisées de 320 condamnées par la justice des hommes.

Ce parcours, résultat de deux années de recherche dans plusieurs siècles d’archives inédites, nous fait entrer dans les arcanes de cette fameuse « femme dangereuse » selon cinq thèmes et archétypes : la sorcière en Europe aux XVI-XVIIè siècles et ses dizaines de milliers de bûchers. L’empoisonneuse, considérée comme la cousine des villes de la sorcière, qui est une perfide osant trahir au sein du foyer domestique. L’infanticide qui révèle la détresse de celles vivant dans la plus extrême pauvreté, ou qui ont été abandonnées, violées ou victimes d’inceste. La pétroleuse ou l’anarchiste de la Commune qui, à la fin du XIXè siècle, incarne la subversion en échappant au contrôle social, en portant les armes et en se battant pour ses idées.  Enfin, la traîtresse incarnée par les 20 000 femmes tondues à la Libération, par exemple, accusées de « collaboration sentimentale ou horizontale » avec l’ennemi, par amour, conviction ou nécessité. Ce dont aucun homme n’a jamais été accusé, soit dit en passant.

On retrouve ici les propos de nombreuses anonymes, victimes ou rebelles, mais aussi de célébrités telles que Jeanne d’Arc, Louise Michel, Violette Nozière ou Arletty…  Archives judiciaires, procès-verbaux d’interrogatoires et aveux parfois obtenus sous la torture, sont transcrits car illisibles et, pour les plus anciens, traduits du latin et autres dialectes européens. Ils évoquent tous la violence, la haine et les malheurs d’un quotidien reflétant la condition féminine et ses représentations sociales au travers des siècles. Derrière la froideur de la procédure judiciaire se dessinent les figures de celles qui ont été condamnées avant même d’avoir été jugées. Des procès aussi, en majorité sexistes et expéditifs, suivis de châtiments spectaculaires. Autant de variantes d’une même peur, celle de la sexualité féminine et de la violence des femmes qui sortent des codes imposés par la gente masculine, défiant ainsi leur pouvoir.

Par Loraine Adam

À noter la publication d’un catalogue publié par les éditions de L’Iconoclaste et les Archives nationales avec une préface d’Élisabeth Badinter (320 pages, 25 euros) ainsi qu’une journée de débats & rencontres autour de l’exposition organisée par les Archives nationales et le magazine 50/50, le 31 janvier de 14h à 18h. Entrée libre.

Archives nationales Hôtel de Soubise

60, rue des Francs-Bourgeois 75003 Paris

www.archives-nationales.culture.gouv.fr

Du lundi au vendredi ouvert de 10 h à 17 h 30 Samedi et dimanche de 14 h à 17 h 30 fermé le mardi et les jours fériés. Plein tarif : 6 euros, tarif réduit : 4 euros

Jusqu’au 27 mars 2017