Shocking !

Tenue correcte exigée interroge les codes sociaux régissant la mode occidentale du XIVème siècle à nos jours. Une exposition passionnante.

Denis Bruna, le commissaire de la manifestation, donne le ton : « Ce qui bouleverse les habitudes nous interroge et nous perturbe car être singulier est immoral.». Trop haut, trop court, trop large ou transparent, outrageusement sexy ou négligé, le vêtement est un enjeu qui va bien au-delà du simple fait de se couvrir pour des questions de pudeur ou de climat. Du « travestissement » de Jeanne d’Arc à l’androgynie de la mode unisexe d’André Courrèges, de la jupe pour homme de Jacques Esterel dans les années 1960 aux défilés de John Galliano pour Dior, toutes ces prises de liberté, toutes ces infractions aux codes permettent de revisiter sept siècles d’évolution des mœurs et des mentalités.

Il faudra attendre le XXème siècle pour voir enfin le pantalon « à la sultane » de Paul Poiret, Marlene Dietrich en costume d’homme, Elsa Schiaparelli et ses combinaisons pantalons ou Yves Saint Laurent et son smoking pour dame en 1966, alors que ce vêtement est apparu dès le XVIIIè siècle avec les « garçonnes » aristocratiques anglaises. Il incarne ainsi à la perfection la longue marche du féminisme et les innombrables obstacles qu’on a pu lui opposer, telle cette loi totalement désuète qu’on avait oublié (oublié, vraiment ?) d’abroger et qui interdisait le port du pantalon aux Parisiennes… jusqu’en 2013 !

La capuche, quant à elle, ne semble pas se remettre de six siècles de soupçons et de préjugés… Interdite par Charles VI au XIVe siècle, qui la jugeait dissimulatrice donc subversive, elle est aujourd’hui encore associée aux esprits malfaisants tels que gangs,  délinquants… et rappeurs ! Les chapeaux couvrent ce que l’on aimerait voir, tout comme les vêtements amples et certaines robes spécialement conçues pour masquer les grossesses adultérines…

L’affaire du burkini est également évoquée en filigrane puisque l’exposition doit son titre à un article du Monde daté du 3 septembre dernier, qui témoignait d’un renversement des codes vestimentaires : il y a 70 ans, sur ces mêmes plages françaises, c’est le bikini qui était interdit.

Sur cette exposition, constituée de quatre cents vêtements, tableaux, accessoires, livres et autres documents historiques, souffle un vent de désir et de liberté, et ce n’est pas là le moindre de ses mérites.

Par Loraine ADAM

Exposition Tenue correcte exigée

Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris

Du 1er décembre 2016 au 23 avril 2017

Tél. : +33 (0)1 44 55 57 50

Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries