Expositions : Paris, capitale éphémère de l’art africain contemporain

Quatre événements en moins de 6 mois où seront présentés les plus grands créateurs du continent dans la ville lumière. Du jamais vu !  Car c’est aussi le temps de l’émergence sur le plan de l’esthétique. Présentation d’un riche calendrier.

Crédit photo : Alexis-Peskine

Crédit photo : Alexis-Peskine

On croit rêver… Paris va vivre un printemps et un été sous le signe de ce qui se fait de plus novateur en matière d’art, de Casablanca à Johannesburg ! On commencera avec l’exposition Afriques Capitales, du 29 mars au 21 mai, à La Halle de la Villette : Simon Njami, curateur bien connu et ancien directeur des Rencontres de Bamako, se donne pour objectif de délivrer la vision de l’urbain chez les peintres, vidéastes et autres plasticiens du continent. Le lendemain de son jour d’ouverture, c’est au tour de la foire  (du 30 mars au 2 avril, au Grand Palais), de mettre en avant – et en vente – la puissance de cette création : une vingtaine de galeries africaines – sur un total de 140 exposants – seront à l’honneur. Parallèlement, se sera tenue du 28 mars au 10 juin, à la Galerie des galeries, une manifestation intitulée Le jour qui vient qui mettra l’accent sur des artistes de moins de 30 ans, issus d’Afrique anglophone principalement.

Chéri Samba, J'aime la couleur, 2003, Collection de la Fondation Louis Vuitton.

Chéri Samba, J’aime la couleur, 2003, Collection de la Fondation Louis Vuitton.

Et ceux qui ne se lasseraient pas de l’émergence de ce curieux et nouvel axe esthétique Nord/Sud, pourront aller admirer à la Fondation Louis-Vuitton, toujours à Paris, du 26 avril au 28 août,  les plus belles pièces de cet illustre collectionneur qu’est Jean Pigozzi, dans le cadre de l’exposition Art/Afrique, le nouvel atelier ! Renversant quand on pense à la persistante « bouderie » dont a fait preuve la France à l’égard de cette vitalité artistique indéniablement en plein essor depuis près de 15 ans ! Vous imaginez si, par une affreuse horreur, Marine Le Pen accédait au même moment à l’Elysée ! De quoi lui donner un AVC !

Il est vrai que la Biennale de Venise 2015, emmenée par le Nigerian Okwui Enwezor, puis les grands succès populaires des expositions « Beauté Congo. 1926-2015 » (qui bénéficia d’une prolongation de deux mois !), à la Fondation Cartier en 2015 et de « Seydou Keita » au Grand-Palais, en 2016, laissaient supposer que le terrain était peut-être propice à une telle effervescence. Les « marchands du temple » ne sont, certes, pas loin et, devant l’étonnement positif (cette fois-ci) suscité désormais par ce continent et qui succède à la fascination d’hier de ce même public (pour  les guerres, les famines, le sida, bla bla bla…), estiment à juste titre que cette création ne peut être que bankable. On sait les colossaux profits que l’on peut enregistrer dans le monde de l’art…

Pied Piper, Lebohang Kganye , 2012. From the series Ke left lake, Impression sur papier chiffon en coton

Pied Piper, Lebohang Kganye , 2012. From the series Ke left lake, Impression sur papier chiffon en coton.

Donc la création africaine est soudain devenue passionnante pour l’Occident. Mais de quelle Afrique parle-t-on ? Espérons que l’amateur d’art gaulois ne s’attend pas à des auto-célébrations d’exotisme. L’oeuvre de l’Ethiopienne Julie Mehretu, par exemple, a moins à voir avec une statue fang que les toiles de Picasso, dans sa période primitive, avec une poupée mossi. Mais, si ce postulat en venait à être intériorisé, cette série de manifestations pourrait bien révéler au grand public français l’incroyable modernité des créateurs africains contemporains, leur magnifique regard sur le monde actuel. Enfin !

Par Jean-Michel DENIS