Inside Chanel, un film grand luxe

Coco Chanel, sa vie, son oeuvre. Mieux, sa légende ! C’est ce que raconte une belle web-série en 18 épisodes, dont le dernier, « Gabrielle ou l’insoumission » a été dévoilé hier.

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Peut-on s’extasier sur une web-série évoquant le monde de Coco Chanel sous toutes les coutures sans risquer d’être taxé de faire de la publicité indirecte – en toute hypocrisie – pour la marque ? Question inutile et sans importance. Car Inside Chanel se situe au-delà de cette problématique. Il ne s’agit pas, ici, d’un éloge de la maison Chanel – bien qu’évidemment traité en filigrane – mais plutôt des Grandes Heures de la « Mademoiselle », une tapisserie d’images dédiée à sa légende, à son génie créateur, opportuniste, à son art de flairer l’air du temps et de répondre aux désirs de la femme du XXème siècle. Au point que ses coups d’éclat de jadis continuent de susciter des vagues à gros remous dans l’histoire mondiale de la mode et de la féminité.

Inside Chanel, depuis Octobre 2012, est donc une distillation en 18 épisodes de l’intemporalité de la Grande dame de la Haute couture française. Le dernier intitulé « Gabrielle ou l’insoumission » est sorti sur le net hier. Alors, tant qu’à faire, sans forcément lui tailler un costard pour autant, habillons Coco pour l’hiver… et l’été !

Pour l’hiver, on dira que les auteurs de la série ont littéralement fait du sur mesure. Trop peut-être. On entre parfois franchement dans la promotion du « produit Chanel », notamment à l’occasion de la présentation des divers parfums de la maison. De même, le ton légendaire du récit ne s’embarrasse pas tout le temps de la « médiocre » réalité. Ainsi on évoque le prétendu séjour de Gabrielle (de son véritable prénom), à partir de ses 12 ans, à l’orphelinat de l’abbaye cistercienne d’Aubazine, en Corrèze. Un séjour qui  n’a jamais été formellement établi jusqu’à présent. Plus gênant dans Inside Chanel, la machine à fabriquer du romanesque à l’image de « Gabrielle ou l’insoumission », titre du 18ème épisode. Coco la rebelle ! Coco, entre James Dean, Rimbaud et Mohamed Ali ! Ce ne fut pourtant pas son image, plus que douteuse et trouble durant l’Occupation qu’elle légua à l’histoire et aux historiens. Nulle trace de cette période dans cette web-série. Et pour cause !

Pour l’été, on devra admettre que ces 18 épisodes représentent de véritables petits bijoux de films : superbe illustration, commentaires d’une belle écriture, montage nerveux, ultra-moderne, sur le format de clips (pas plus de cinq secondes par plan). Le tout au service du fameux tailleur en tweed, des chaussures bicolores et du sac matelassé à chaîne dorée – la règle de trois de la vision Chanel – de l’illustrissime « N°5 », le parfum le plus vendu dans le monde, des couleurs qui ont marqué son parcours, et, plus généralement, du nouveau dress-code qu’elle a imposé au monde entier. Un film grand luxe !

Par Jean-Michel DENIS