Jas Knight : à la recherche de la beauté noire

Il est peu connu en Europe mais est une des figures majeures du courant hyperréalisme. Son sujet : les femmes noires dans leur quotidien.  Entre classicisme et modernité.

Jas Knight est très peu connu, notamment dans l’Hexagone. Ce peintre, qui est une des figures majeures du courant hyperréaliste, vaut pourtant le détour pour les férus d’art contemporain en quête de nouveauté et de rareté. Sa perception, traditionnelle et singulière à la fois, a séduit les plus grandes galeries de New York, la ville qui ne dort pas. Ses sujets : des femmes noires dans leurs activités quotidiennes et plongées dans leurs pensées les plus profondes. Du classicisme intimiste à l’état pur.

Beatific @BillHodgeGallery

Beatific @BillHodgeGallery

On sait très peu de choses sur Anthony « Jas » Knight. Il est né en 1977 à Bloomfield, dans le Connecticut. Il a fréquenté l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie, puis l’Université des Beaux-Arts où il a obtenu son BFA (diplôme des Beaux-Arts appelé le Bachelor of Fine Art, NDLR). La vraie richesse est discrète, dit-on. Mais cette discrétion n’a pas échappé aux plus grandes galeries d’art contemporain de la Grosse pomme telles que la Grenning Gallery et la  Bill Hodge Gallery.

Les oeuvres de Knight valsent entre la réalité et la fiction avec des jeux de lumière assurés et intenses qui ne sont pas sans évoquer le peintre français George de La Tour (1593-1652). Autre facette du talent de Jas Knight : le sens des petits détails et la résonance émotionnelle de ces tableaux qui sont remarquables. Ses références à l’art du portrait des XVIè et XVIIè siècles sont toujours délicates et recherchées. C’est le cas du tableau intitulé Profil d’une femme (Profile of a Woman), par exemple. Il s’agit d’un portrait en buste, de profil, qui évoque sans équivoque les tableaux de la Renaissance sur fond uni, tout en lignes très sobres. La petite touche de Knight réside dans les reflets que la lumière exerce sur la peau ébène du sujet, la coiffe, les boucles d’oreilles créoles et le haut blanc qui laisse découvrir les épaules. A bien regarder, on peut distinguer trois époques qui dialoguent à travers cette oeuvre: la Renaissance dans le panache de couleurs tièdes et sombres et les lignes mesurées, l’époque de l’esclavage avec cette tenue blanche drapée autour des épaules, et l’esthétique de l’époque actuelle.

Elegy for Ethan @HamptonsArtHub

On perçoit également le côté militant de Jas Knight. Un genre de militantisme qui se veut  fort et passif à la fois, qui pointe du doigt et condamne avec une subtilité limpide. On peut clairement le voir dans l’intensité du tableau nommé Beatific. Une femme noire en train de prendre un selfie avec son iPhone… La référence à la marque Apple peut sembler être anodine de prime abord. Mais en réalité, elle renvoie à l’exploitation de minerais comme le coltan – un composant essentiel des téléphones mobiles – en RD Congo, ou l’or, auquel l’artiste fait appel pour représenter l’auréole de cette curieuse madone dont les cheveux crépus forment une couronne.

Par Marella LUMBILA