Joël Mpah Dooh : L’art dans le sang

Créatif dans l’âme depuis toujours,  Joël Mpah Dooh a failli passer à côté d’une carrière artistique prestigieuse.

Un bac de philosophie, des études juridiques et un diplôme du conservatoire municipal des beaux-arts d’Amiens en France dans les années 1970, puis un travail derrière un bureau comme l’ont toujours voulu ses parents, voilà comment il a entamé sa vie d’adulte, mais …« La peinture et l’art en général ont toujours fait partie intégrante de ma vie depuis ma tendre enfance, j’avais des prédestinations naturelles à mouler, transformer et toucher certaines choses, je fabriquais déjà des crèches de Noël pour la famille  mais je m’en suis rendu compte très tard. Et en réalité dans les familles africaines, il est difficile de se révéler en avouant ce dont on rêve et ce qu’on croit être. Il est important, voire même obligatoire, de suivre le modèle de réussite envisagé par nos parents. »

Né au Cameroun en 1956,  le petit  Joël prend donc le chemin que lui avaient tracé ses parents : un « vrai travail ». Ce qu’il fera dès son retour au Cameroun en 1986 ; il se retrouve dans un système où tout est mécanique, pas de réelles libertés, une sorte de cloisonnement qui donnera naissance à son identité artistique. « Je n’étais pas à mon aise et j’ai développé un sens de l’observation. J’étais fasciné par la façon dont l’homme s’adapte et s’intègre dans la société, son expression physique, sa fragilité. »

Joël Mpah Dooh

Like Flowers 2013

En manque de couleur et d’art, il se révoltera et reviendra à sa première passion pour devenir un des artistes plasticiens camerounais le plus talentueux de sa génération.

Pour ce génie créateur, l’art est la matérialisation de l’émotion, c’est la capacité à exprimer ce qu’on ressent avec son propre langage : «  je dessine plus que je ne parle, c’est mon moyen d’expression, avoue-t-il. L’art plastique fait partie intégrante de mon quotidien, c’est une nécessité, une forme d’intelligence qui permet de s’exprimer par le dessin, la couleur ». Se reconnaissant dans l’art contemporain africain, c’est tout naturellement, qu’il souhaite favoriser son essor au Cameroun et en Afrique : « je ne me donne pas de responsabilités vis-à-vis de mon pays, je vis selon mes envies tout en essayant d’éduquer les mentalités autour de moi, d’aider l’humanité en étant meilleur dans ce que je fais. ».

Pas loin de son domicile, il met donc sur pied une résidence artistique qui permettrait une rencontre entre les amoureux d’art et les créateurs, un lieu de partage, d’échange, un lieu d’évasion et d’immersion dans un village nommé Bonendalè, une bourgade paisible « dans un pays où on est perpétuellement dans l’urgence ».

Par Elodie DIN