Katherine Johnson : la calculette humaine de la NASA (1/5)

Brillante mathématicienne, cette pionnière afro-américaine a contribué, dans l’ombre de ses collègues masculins, à l’avancée de la NASA, au plus fort de la conquête spatiale et pendant plus de trente ans.

Katherine Johnson

Portrait de Katherine Johnson à la NASA @ArchivesDeLaNasa

Dans les années 1950-1960, les Etats-Unis vivent encore dans la ségrégation et sont en proie à de profondes inégalités raciales mais Katherine s’impose, se fait respecter et se rend indispensable dans un monde d’hommes “blancs”. Elle co-écrit vingt six rapports de recherches scientifiques, une première pour une femme, et reçoit plusieurs récompenses de la NASA pour sa participation au programme Apollo. Le 24 novembre 2015, elle est décorée par l’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama, de la Médaille présidentielle de la Liberté. Son parcours impressionnant,  édifiant mais méconnu, est un témoignage pour les générations futures que Margot Lee Shetterly, réalisatrice du film “Les figures de l’ombre” (dans lequel l’actrice Taraji P. Henson interprète le rôle de Katherine) a tenu à partager. Le film a été nominé aux Oscars dans la catégorie “Meilleur film” et a reçu les acclamations du public.

La curiosité est un vilain défaut, dit-on. Mais le remède à l’ennui, c’est la curiosité et la curiosité est sans remède. Katherine Johnson a toujours été curieuse et ce vilain défaut sera le moteur de son parcours scolaire et de sa carrière. Née en 1918 à White Sulphur Springs, en Virginie, elle est issue d’une fratrie de cinq enfants. Son père, Joshua Coleman était bûcheron et fermier et sa mère enseignante. A seulement quatorze ans, elle obtient son baccalauréat et intègre l’université de l’Etat de la Virginie. Férue de sciences, elle s’inscrit sans hésiter à tous les cours de mathématiques. Son mentor n’est autre que William W. Schieffelin Claytor, génie des mathématiques et troisième afro-américain à obtenir un doctorat dans cette discipline. Le travail acharné de la dream team la conduit à l’obtention de  son diplôme avec les honneurs en 1937. Elle trouve un emploi d’enseignante en mathématiques, français et musique, dans une école publique réservées aux noirs.

Tout se passe pour le mieux mais Katherine sent qu’elle n’est pas faite pour enseigner. En 1939, le Dr John William Davis, président de l’état de la Virginie-occidentale, décide de l’accepter dans l’illustre université blanche de l’état, ainsi que deux autres jeunes afro-américains. Sans demander son reste, elle quitte l’enseignement et s’inscrit au programme de mathématiques des cycles supérieurs. Mais son heure n’a pas encore sonné. A la fin du premier semestre, elle abandonne et fonde une famille avec son époux, James Golbe, qui lui donnera deux filles (et qui mourra d’un cancer inopérable en 1956), puis retrouve sa vie d’enseignante. Ce n’est qu’en 1952 qu’elle a une nouvelle opportunité, la bonne cette fois, qui marquera un tournant dans sa vie et gravera son nom au fronton de l’histoire. Dorothy Vaughan (autre mathématicienne afro-américaine) de la NACA, cherche des mathématiciennes noires pour la section informatique à Langley (ancienne NASA).

Elle se fait vite remarquer par ses capacités, sa détermination, sa rapidité et son audace.  Deux semaines après son arrivée, elle est affectée au projet de la branche des charges de manoeuvre de la division de recherches de vol. Son poste jusqu’alors provisoire devient permanent. Elle passe les quatre années suivantes à lire des boites noires et effectuer des tests. Comme l’explique des archives du National Visionary Leadership Project: “Au début, elle travaillait dans un groupe de femmes affecté aux calculs mathématiques. Katherine surnommait ces femmes les “ordinateurs en jupe”. Puis, un jour, Katherine et une collègue ont été temporairement débauchées pour aider l’équipe de recherche masculine sur les vols. Les connaissances de Katherine en géométrie analytique lui ont permis de s’intégrer rapidement au sein de ses nouveaux collègues et supérieurs, au point qu’ils ont oublié de la renvoyer dans le groupe des femmes”. A cette époque, les barrières raciales et du genre sont encore très prégnantes mais elle s’affirme dans l’équipe, demande à participer aux réunions où aucune femme n’avait encore été admise”. Comme elle le dit toujours, « j’ai fait le job et mérité ma place”.

En 1957, le lancement du satellite soviétique Spoutnik change le cours de l’histoire spatiale. Katherine se révèle indispensable et intègre le noyau dur du Space Task Group, qui est la première incursion officielle de la NACA dans les voyages spatiaux. En 1962, la NASA est devancée par son concurrent, l’URSS. La complexité du vol orbital exige l’utilisation d’ordinateurs programmés. Les astronautes sont méfiants et refusent de mettre leurs vies au service de machines électroniques qui sont souvent sujettes à des pannes. Ils font alors appel à la “jeune fille », Katherine Johnson. Elle exécute les même équations à la main. La NASA a déclaré que “ses calculs se sont révélés essentiels au succès du programme d’atterrissage d’Apollo Moon et au lancement du programme de la navette spatiale, comme ils l’ont fait pour les premiers pas de l’homme dans l’espace”. C’est à cet exploit qu’elle doit son surnom “la calculette humaine”.

Par Marella Lumbila.