Leyla McCalla : « Je suis une vraie Haïtienne-américaine »

Leyla McCalla En 2014, la belle Créole a estomaqué plus d’un critique musical avec un premier album intitulé « Vari-Colored Songs : a Tribute to Langston Hughes ».

Son feeling ? Une alliance originale mais jamais discordante entre le blues des champs haïtien (la musique « troubadour ») et le blues des villes américaines (avec cet hommage au fameux poète, dramaturge et nouvelliste Langston Hughes). Leyla McCalla, 31 ans, récidive en 2016 avec une seconde galette,  « A Day for the Hunter, A Day for the Prey ». On l’a rencontrée entre deux concerts de sa tournée européenne.

Iamdivas.com – Vous êtes haïtienne ou américaine ?

Leyla McCalla – Haïtienne-Américaine en fait. Je suis née à New York mais mes parents sont haïtiens et ont émigré aux Etats-Unis très jeunes.

Mais êtes-vous déjà allée à Haïti ?

Oui assez souvent, même si je n’y ai pas mis les pieds depuis 2013. J’y allais surtout avec ma mère qui était consultante au sein d’une association féministe anti-violences domestiques.

Et puis, votre père militait dans des associations droits de l’hommistes haïtiennes. Vous chantez aussi en créole. Pourquoi ne pas avoir été tentée par le compas-direct ?  

J’ai découvert et adoré des artistes comme Nemours Jean-Baptiste ou Coupé Cloué. Mais ma musique n’est pas celle de Tabou Combo ou de Carimi qui, elle, s’adresse seulement aux Haïtiens. J’intellectualise davantage les choses dans mes textes…

Comment avec-vous découvert la tradition musicale haïtienne ?

Pas dans ma famille car mon père et ma mère n’écoutaient pas beaucoup de musique. Il y a 5-6 ans environ, comme j’habitais à La Nouvelle-Orléans, je suis tombée sur un livre intitulé « The World that made New Orleans » (« Le monde qui a bâti la Nouvelle-Orleans », ndlr) de Ned Sublette. et qui m’a tout de suite fascinée car il parlait des Caraïbes et de Haïti. Et je me suis alors penchée sur la musique troubadour.

 

Leyla McCalla

Mais comment vous est venue cette façon de jouer du violoncelle comme si vous grattiez de la guitare ?

J’ai étudié le violoncelle et la musique de chambre à New York, mais je jouais aussi de la guitare. Et, à 18 ans, j’ai rencontré Rufus Cappadocia, un musicien qui jouait du violoncelle en grattant ses cordes. Cela m’a plu. D’autant que les techniques de guitare marchaient avec le violoncelle. Et puis, cet instrument a une telle puissance, il a tellement de voix ! Il est bien supérieur au violon.

Des projets ?

Un nouvel album en 2018. Et puis, Duke University m’a demandé d’effectuer des recherches dans les archives de Radio-Haïti, l’ancien média national, qu’elle a rachetées. Il s’agirait de mettre sur pied un disque à partir de ce fond sonore.

Propos recueillis par Jean-Michel DENIS