L’incroyable destin de Mama Lisa

Lisa Lovatt-Smith nous raconte sa prodigieuse histoire. Celle d’une femme qui a renoncé à une existence luxueuse et privilégiée en Europe pour sauver l’enfance maltraitée en Afrique…

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Née à Barcelone en 1967 de parents britanniques, Lisa fait très tôt l’amère expérience du rejet, lorsque son père, artiste fantasque, les abandonne sa mère et elle dans une situation extrêmement précaire. Résolue à offrir à sa fille un meilleur cadre de vie, la mère de Lisa choisit de la confier à un couple d’amis anglais fortunés, eux aussi installés en Espagne. Ces derniers se montrent aimants et protecteurs envers la petite Lisa. A l’école, elle est une excellente élève mais, timide et peu populaire, elle s’adonne à l’écriture, sa passion. Un don qui lui permet de remporter, lors de sa dernière année de lycée, un concours du magazine Vogue. Le prix ? Un an de stage au sein du prestigieux organe de presse à Londres. Lisa qui est à l’aube de ses 18 ans, ignore encore qu’elle va rester à Vogue pendant dix-huit autres années.

“Wintour, Lagerfeld et les autres”

Très vite, la talentueuse Lisa gravit les échelons. A seulement 19 ans, elle est promue rédactrice photos par Anna Wintour en personne. Un an plus tard, alors qu’elle envisage de tout quitter pour ouvrir sa propre galerie à Milan, la direction du groupe Conde Nast convainc Lisa de participer au lancement de l’édition espagnole du Vogue en tant que rédactrice en chef mode. Elle exerce alors sa fonction depuis Paris. A l’époque, elle publie également une série d’ouvrages d’art et de décoration à succès.

Après une rupture amoureuse, Lisa retourne vivre dans sa ville natale Barcelone, avec Sabrina, une enfant d’origine maghrébine qu’elle a adoptée sept ans après l’avoir accueillie en placement. Durant des années, elle parcourt la planète, de châteaux en hôtels de luxe, rencontre des grands noms de la mode comme Lagerfeld, fréquente des célébrités… Jusqu’au jour où cette vie trépidante va prendre un virage inattendu.

“Le choc”

En 2002, pour aider Sabrina à se sortir d’une sévère crise d’adolescence, Lisa décide d’effectuer avec elle un voyage humanitaire au Ghana. Sur place, elle est révoltée par ce qu’elle découvre. Loin d’être des refuges, les orphelinats sont des zones de violence, des plaques tournantes du trafic d’organes et de la prostitution. Touchée au cœur par le sort de ces enfants, Lisa décide de vendre tout ce qu’elle possède et de tout quitter pour leur venir en aide.

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Elle fonde Orphanage Africa (aujourd’hui OrphanAid Africa) en 2002, dans le village d’Ayenyah, au nord-est d’Accra. Dès le départ, elle fait appel à son réseau, ses amis et connaissances de l’industrie de la mode et du luxe. En une dizaine d’années, plus de 500 enfants bénéficient de l’aide de l’association et du soutien de parrains ou marraines célèbres (dont Victoria Abril et Inès de la Fressange). Et, surtout, Lisa a contribué à la fermeture de nombreux orphelinats illégaux.

“Un âpre combat”

Cependant, la réussite de Lisa dérange ceux qui, avant son arrivée, abusaient de l’innocence et de la faiblesse de ces enfants. A peine installée, elle est harcelée, persécutée. Elle est même enlevée avec son époux (ndlr. un Ghanéen dont elle a divorcé depuis) et leurs deux enfants adoptifs. Et lorsque sa maison est incendiée, elle perd tout ce qui lui restait de ses biens personnels et de ses souvenirs.

Malgré tout, Lisa se relève de ces épreuves. Elle vit désormais avec son nouveau compagnon, un chef de village local, et ses quatre derniers enfants adoptifs. Et elle continue de se battre, au péril de sa vie, pour ses petits protégés qui l’ont surnommée « Mama Lisa »…

Avec l’aide des autorités locales et de l’UNICEF, OAfrica, prend en charge l’éducation, le soin (des enfants malades, atteints du VIH ou handicapés) et le placement de ces petits. Considérant que l’adoption internationale doit être envisagée en dernier recours, Lisa et les membres de son association se démènent pour que les enfants délaissés retrouvent un parent prêt à les accueillir, quitte à verser à ce dernier une aide financière. Car « les enfants ont moins besoin du confort matériel d’une institution que d’un lien d’amour à vie » assure-t-elle.