Mamane : « Je souhaite qu’on dise, un jour, que les Africains sont bankable »

Il est né en 1966 au Niger, il a grandi en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Cameroun au gré des affectations de son père diplomate. Et il fait rire des millions d’auditeurs sur les ondes de RFI, depuis 2009, avec ses chroniques d’un Groland à l’africaine nommé Gondwana. Il se lance maintenant dans le cinéma avec Bienvenue au Gondwana qui sort le 12 avril, simultanément en France et dans plusieurs pays africains. Entretien.

Crédit photo : Agence A.

Crédit photo : Agence A.

Comment êtes-vous arrivé à la comédie, au cinéma ?

Je suis arrivé en France avec une maîtrise en physiologie végétale et je voulais soutenir une thèse. Mais je me suis aperçu que je ne voulais pas passer ma vie en laboratoire. Un jour, par hasard, un ami m’a entraîné dans un atelier de comédie. Dès lors, tous les week-ends en dehors des heures de travail, je venais présenter des sketchs au théâtre Trévise, dans le 9ème arrondissement de Paris. En 2006, j’ai ensuite travaillé sur Europe 1 et France 2 avec Laurent Ruquier. S’en est suivi Africa N°1, et le Jamel Comedy club. J’officie chez RFI depuis 2009, une aventure que je mène avec 37 millions d’auditeurs !  C’est finalement le même métier, raconter une histoire que ce soit sur scène, à la radio, à la télé ou dans un film.

 

Est-ce un challenge facile d’être drôle dans un film dénonçant en filigrane les dérives de la politique africaine ?

Pour atteindre le maximum de gens, il faut raconter des histoires simples avec des références tout aussi simples. En revanche je fais attention à ne pas galvauder le message. Quand on est africain aujourd’hui, on ne peut pas monter sur scène et juste dire que tout va bien et faire abstraction de tout ce qui ne va pas.  Je me sers donc de l’humour pour faire passer des messages et tenter de faire changer les choses, tout en sortant de l’afro pessimisme.

Mais dans ce film, à travers ce pays imaginaire qu’est le Gondwana, à votre avis, parvenez-vous à parler à tous les Africains ?

Depuis le début, le Gondwana n’est pas un pays mais un continent. Donc dans le film, je ne cite pas de nom d’individu ni de pays mais vous avez des mots empruntés à plusieurs langues africaines où tous pourront se reconnaître. Nous partageons plusieurs choses en commun. Quand je traite de journalistes emprisonnés, le Togolais, l’Ivoirien, le Camerounais, le Congolais pourra se dire que ça se passe chez lui. Quand je parle de trous dans les routes, chacun va se reconnaître également. Ce film a fini d’être tourné début juin, et ce qui s’est passé au Gabon est venu par la suite. Je le précise pour que les gens évitent de dire que je m’en suis inspiré. Ce qu’il faut retenir en revanche, c’est que nos dirigeants sont tellement prévisibles dans leur comportement et leur acharnement à garder le pouvoir ! On peut sourire. On peut être triste quand on aura vu Bienvenue au Gondwana. Les Africains ne pourront pas rester indifférents, des Européens moins informés pourront juste penser à une fiction.

Photo extraite du film Bienvenue au Gondwana

Photo extraite du film Bienvenue au Gondwana

Avez-vous peur que le film ne soit pas diffusé dans certains pays ?

Nous avons un bon réseau de salles où le film sera diffusé. C’est le cas au Mali, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso,  pratiquement toute l’Afrique de l’ouest est intéressée, c’est par contre plus difficile en Afrique centrale. Je n’ai pas peur de leur refus parce qu’il existe d’autres réseaux comme internet.

Votre souhait est de faire carrière en Afrique ?

Dès le début j’ai voulu travailler en Afrique car je ne voulais pas faire ma vie en France. Aujourd’hui je vis entre les deux, mais d’ici peu je serai basé en Afrique à temps plein, à Abidjan comme point de chute. Pour être au plus près de la réalité, je dois vivre sur place. On veut inverser les flux, et que les créations africaines soient achetées par l’Europe. J’aime voir des artistes comme Youssou Ndour, Fally Ipupa, P-Square ou Angélique Kidjo exporter notre authenticité et notre culture. Je souhaite faire le même travail dans le spectacle vivant et le cinéma afin d’aller partout avec une belle qualité de production. A terme, je souhaite qu’on dise que les Africains sont aussi “bankable”. Nous avons de nombreux talents sur le continent et je suis fier de réaliser un film avec des Africains qui parlent d’Africains en Afrique.

Propos recueillis par Ekia Badou