Une mathématicienne nommée Mary Jackson (3/5)

Incarnée à l’écran par Janelle Monae, elle fut une brillante scientifique qui passa des calculs purs au travail d’ingénieur. Retour sur la vie d’une femme dévouée à sa communauté.

Mary Jackson, jouée à l’écran par Janelle Monae, mathématicienne et première femme noire ingénieur à la NASA, a marqué l’histoire de l’Amérique. Elle a eu a un parcours atypique comparé à ces deux collègues, Katherine Johnson et Dorothy Vaughan. Pour elle, science et sens du service vont de pair et elle tentera sans relâche d’améliorer la vie des gens autour d’elle, jusqu’à sa mort en 2005, à l’âge de 83 ans.

PHOTO 1 MARY JACKSON

Portrait de Mary Jackson à la NASA @nasagov

Tous les chemins mènent à Rome. C’est un proverbe qui illustre à la perfection le parcours de Mary Jackson car sa carrière d’ingénieur au Centre de recherches de Langley, à la NASA, n’a pas été un long fleuve tranquille. Elle obtient un double diplôme en mathématiques et en sciences physiques en 1942, puis trouve très rapidement un emploi d’enseignante dans une école du comté de Clavert, dans le Maryland. Mais un an après, elle rentre chez elle à Hampton, en Virginie : sa volonté de se mettre au service des habitants de sa ville natale reprend le dessus. C’est ainsi qu’elle trouve un poste de réceptionniste au King Street USO Club, un centre d’assistance pour la population noire de Hampton. Elle devient ensuite comptable au département de santé de l’institut d’Hampton, donne naissance à un petit garçon, trouve un poste de secrétaire de l’armée à Fort Monroe, avant de finir au laboratoire aéronautique de Langley dans l’équipe du superviseur, Dorothy Vaughan.

Après deux ans dans la salle d’informatique, Kazimierz Czarnecki, ingénieur en aéronautique polonais, lui propose un poste dans la section de la pression supersonique. A force de travailler à ses côtés, elle acquiert l’expérience pratique adéquate qui lui permet de suivre un programme de formation et de passer de mathématicienne à ingénieur. Pour ce faire, les stagiaires doivent prendre des cours de mathématiques et de physique dans une université de l’état de Virginie. Elle sortira majeure de sa promotion et deviendra, en 1958, la première femme noire ingénieur de l’histoire de la NASA. La même année, elle co-écrit son tout premier rapport de recherches. Une douzaine de rapports suivront pendant une vingtaine d’années, tous axés sur le comportement de la couche limite d’air autour des avions. Elle n’a jamais mis en veilleuse son côté bon samaritain. En 1970, elle aide les jeunes du Club scientifique du centre communautaire de Kingston à conduire une soufflerie (sa spécialité) et à s’en servir pour faire des expériences. Elle confie au journal local : “nous devons faire des choses de ce genre pour les intéresser à a science.” Avant d’ajouter :  “parfois, ils ne sont pas au courant du nombre de scientifiques noirs et ils ne connaissent même pas les possibilités de carrière dans ce domaine et quand ils les apprennent, il est trop tard”.

Mais plus les années passent, plus les promotions se font rares. Neuf années sont passées et Mary a du mal à passer le cap pour intégrer la direction, son objectif ultime. Elle opère alors un virage à 360° et abandonne l’ingénierie pour prendre la direction du programme fédéral féminin de Langley. Elle travaillera d’arrache-pied pour influer sur l’embauche et l’avènement de la prochaine génération de mathématiciennes, d’ingénieurs et de scientifiques noirs de la NASA.