Meurtres en Martinique, le 25 février sur France 3

Cette oeuvre conçue pour la télévision française, produite par France Zobda et diffusée en fin de semaine est théoriquement un polar. Mais c’est là un prétexte pour nous offrir quelque chose de plus intime… Chronique d’un faux film policier.

Attention, un film peut en cacher un autre ! C’est le cas de Meurtres en Martinique qui, à première vue, est un polar. Le pitch : le cadavre d’une jeune femme, Céline, est découvert sur les flancs du volcan de la Montagne Pelée, à Saint-Pierre, sur Madinina. Le capitaine Léa Valrose – interprétée par la jolie actrice capverdienne Sara Martins – membre de la police scientifique et originaire de l’île, mais qui n’y a jamais mis les pieds, venue à l’origine pour diriger un stage de formation, se trouve embrigadée dans l’enquête et travaille en équipe avec l’inspecteur Paul Ventura, campé par Olivier Marchal, lui un ex-vrai flic. Le tout sous la houlette du commissaire Bredas (France Zobda dans la vie).

meurtres en martinique

 

Rien que de très routinier donc. Surtout que l’on y retrouve les poncifs du « petit » film policier tourné pour la télé : Jocelyn, le fils de la commissaire Bredas, sortait avec Céline, la victime ! Josepha Henri, cantatrice locale morte sur les pentes du volcan, le jour de l’éruption de la Montagne Pelée en 1902, est évidemment l’aïeule de Léa. Et le père inconnu que l’héroïne cherche à retrouver à tout prix est, of course, M. Lacoste, joué par le chanteur Philippe Lavil… qui finance le concours de miss Saint-Pierre auquel participaient Céline et la mère de Léa, il y a une trentaine d’années !

Bref, tout ça pourrait sentir le film à voir en chaussons, sur le petit écran, le samedi soir. Mais voilà… Meurtres en Martinique  est aussi et avant tout un beau « regard de la diversité et non un regard sur la diversité », comme le définit très joliment France Zobda. A commencer par le premier plan qui nous montre deux jolies jeunes femmes joggant dans cette superbe végétation tropicale, luxuriante, qui prolifère sur les pentes du volcan désormais assoupi. Un paysage que les touristes (et même les Martiniquais eux-mêmes, parfois !) ne se donnent pas la peine d’aller admirer. Ce polar se donne à voir de l’intérieur, si l’on peut dire. Il nous délivre une Martinique sentie et restituée par des Martiniquais. Que dire de cette perception pertinente de la société locale avec l’entrevue, interprétée tout en sobriété, entre Léa et son père, béké riche comme de bien entendu, dont l’amour passé pour la mère (noire) de l’inspectrice a été borné par les blocages raciaux de cette élite hautaine, pour ne pas dire plus, qu’est la bourgeoisie créole ? Que dire également du désarroi de la commissaire Bredas qui ne sait plus quoi faire de son fils, né en France, « métro » d’esprit et de moeurs, et qu’elle aimerait tant voir intégrer certaines traditions locales ?

 

Bref, on l’aura compris, la trame policière n’est qu’un prétexte. Il s’agit de rendre compte, modestement, de l’âme antillaise. A l’image des récits, contes et autres quimbois (mauvais sorts en créole) qui imprègnent la mentalité collective et parsèment le récit. Conséquence logique de la démarche « conscientiseuse » de France Zobda, la belle actrice bien connue et productrice de ce film. « France 3 produisait une série de petits films policiers sur le thème « Meurtres à… », explique-t-elle. Alors, après « Meurtres à Avignon » ou « Meurtres sur le lac Leman », pourquoi pas « Meurtres en Martinique ? » La télévision nationale a relevé le défi avec ce 6ème film de la série  tourné en novembre 2015. Il sera diffusé samedi prochain, à 20h 55. Cette « radiographie » d’un peuple en mode divertissement est à voir absolument pour comprendre quelque chose à la société antillaise.. En tout cas, elle est une belle réussite, si l’on en croit l’équipe de tournage. Et France Zobda de rêver et d’avouer : « J’entrevois la production d’un autre Meurtre à… » Mais elle n’en dira pas plus pour le moment…

Par Jean-Michel DENIS

Meurtres en Martinique. Diffusion le 25 février, sur France 3, à 20H55.