Mylène Flicka : Blogueuse, féministe et surdouée

C’est la petite voix qui monte dans le paysage des cyberactivistes africains. Féministe et ambitieuse, elle compte bien faire bouger les lignes sur le continent.

« J’ai un petit côté Zlatan Ibrahimovic, rit Mylène Flicka, 20 ans. Les gens me connaissent, mais moi, je ne les connais pas. » Chez la blogueuse béninoise, le sourire est désarmant mais les yeux brillent d’une ambition dure, assurée, et sans doute aussi grande que ses jambes élancées. Elle a de quoi en vérité. Car avec elle, la valeur n’attend pas le nombre des années. Baccalauréat à 15 ans. Diplôme de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature du Bénin à 18. Cette geek invétérée a réussi, à 19 ans, à réunir autour d’elle un directeur artistique et un photographe pour créer irawotalents.com. Un média qui se veut le répertoire des jeunes talents béninois et africains. Et qui met en avant aussi bien des créateurs de mode que des chanteurs ou des entrepreneurs.

Mylene Flicka

A ce rythme, on se demande bien où cette féministe patentée, née à Cotonou en 1996, pourrait s’arrêter. Elle aussi d’ailleurs. « Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas vraiment de modèle, d’idéal professionnel ou moral. Certains me comparaient à Marie-Elise Gbèdo (juriste et femme politique locale). Ca m’énervait parce qu’elle ne me représentait pas suffisamment. Et c’est justement ça qu’on a voulu faire avec Irawo : donner des références à la jeunesse béninoise et africaine. Et à travers eux, créer un espoir, un ancrage, pour être fier de ce qu’on est. »

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Il suffit de creuser, et il y a toujours un esprit citoyen qu’elle est déterminée à partager et à transmettre : « On a l’impression que les jeunes Africains s’en foutent de la politique mais c’est faux ! Au contraire, ils veulent être des citoyens à part entière. Lors des présidentielles de cette année au Bénin, plus d’un millier d’entre eux ont participé au contrôle et au monitoring des élections via Internet. » Et si vous lui faites remarquer qu’il y avait surtout des hommes, la voilà qui trépigne : « C’est vrai qu’on est relativement peu nombreuses à être engagées dans l’action citoyenne en Afrique. C’est tout simplement le reflet du patriarcat qu’on nous inocule et qui dissuade les femmes de se mettre en avant. »

Comme vous l’aurez remarqué maintenant, c’est loin d’être son cas.  D’ailleurs, pas plus tard que l’été dernier, Mylène a fait le buzz dans son pays en diffusant un reportage effectué avec des amis dans une petite ville appelée Bonouko. En filmant les conditions terribles dans lesquels vivaient ces villageois, sans eau ni électricité, elle a tenté d’alerter sur les laissés-pour-compte du système béninois. Le résultat ne s’est pas fait attendre : près de 84 000 vues sur Facebook et un scandale qui a éclaboussé jusqu’au gouvernement. Un succès qui la fait passer de jeune étudiante à cyberactiviste redoutée. Jusqu’à être invitée à Paris, fin novembre, par l’Agence française de coopération médias (CFI) pour partager son expérience. Inutile de dire qu’elle était ravie, elle qui n’avait jamais mis les pieds hors du Bénin.

Mais attention, le succès ne semble ni la griser, ni la faire dévier de sa course. Ses pieds sont sur terre et avec les racines bien enfoncées dans le sol africain : « Depuis que je suis à Paris, les Français veulent me convaincre que leur capitale est la plus belle ville du monde. C’est vrai que c’est joli, mais pour moi, et pour toujours, la plus belle ville du monde, c’est Cotonou. » Dont acte.

Par Julien Wagner