Nous habitons la Terre, le nouveau livre de Christiane Taubira

Dans une langue éblouissante, Christiane Taubira s’indigne des inégalités et des violences qui règnent sur notre planète, s’attaque aux idées dangereuses des extrêmes, critique l’invocation permanente du concept de crise qui assoit la domination des puissants, identifie les règles de vie commune dans une société laïque, redonne leur sens aux mots si souvent dévoyés aujourd’hui, trace les axes d’un combat urgent.

Un livre lucide et engagé, un livre d’espoir porté par le souffle d’une citoyenne de la Terre qui ne peut vivre sans exaltation ni s’accommoder du monde tel qu’il lui est donné.

Nous-habitons-la-terre-christiane-taubira-philippe-rey

Voici quelques extraits de ce texte :

« Les mots nouveaux sont de vieux mots. Crise. Compétitivité. Progrès technique. Intégration. Assimilation. Consensus. Sacrifices. Terrorisme. Civilisation. Barbarie. Les ficelles sont usées mais tiennent encore. Mise en cause. Mise au ban. La méthode éprouvée est l’intimidation. Cependant, tout n’est pas perdu. Il nous reste d’anciens mots qui sont encore tout neufs et que nous devons réhabiliter. Dialogue. Débat. Diplomatie. Sûreté. Il ne tient qu’à nous de réapprendre à penser le monde et notre action sur le monde autrement qu’en anathèmes et en bombardements… » (p.55)

« L’extrême droite a une filiation, même si elle ne s’en réclame pas, de honte peut-être, par calcul sûrement. L’extrême droite a eu des penseurs, même si elle se contente aujourd’hui de bateleurs.(…) C’est bien sur les causes qui permettent cet essor opportuniste qu’il faut agir. Non pour dégonfler leur audience ou démasquer leur forfait. Ils ne doivent pas être notre sujet. Il faut agir sur les causes parce que la politique a pour raison d’être de s’occuper de la vie des gens. Que la gauche s’est donné pour mission d’améliorer la vie des gens, d’assurer les conditions de bien-être des gens, et parce que les temps sont durs pour les gens. Les gens pour nous, ce n’est pas un bloc informe de délaissés, de déclassés, de malheureux, auquel viendrait s’ajouter la masse hétéroclite des insatisfaits, des rouspéteurs et des grogneurs. Les gens, pour nous, ce sont ces femmes, ces enfants, ces hommes confrontés aux difficultés matérielles, qui ne comprennent pas qu’on leur parle en millions et en milliards lorsqu’ils comptent les centimes à la boulangerie, qu’ils ne mangent pas de viande ou à peine une fois par mois et du poisson moins souvent encore, qui se voient lentement perdre pied, ceux qui font quand même bonne figure ou ceux qui sombrent dans une rage dévastatrice. » (p.109)

« Voilà pourquoi la République ne saurait être ni hautaine ni sereine. D’abord parce qu’il n’est pas simple de laisser s’épanouir cette floraison d’origines et d’apparences, de goûts et de méfiance, d’affinités et de perplexités, de certitudes et d’inflexibilité, d’enthousiasme et d’accablement. Ensuite, parce que la sérénité n’est pas à portée tant que perdurent les inégalités et les injustices. Qui croit que la République peut être rigide, austère ou imbue d’elle-même, inflexible et toisant les citoyens, se trompe ou trompe. Les tensions sur les libertés, si fortes en ces temps de péril, les proclamations creuses d’égalité tandis que se poursuit le florissant commerce de la cooptation, la fraternité menacée de devenir un vestige, un vieux débris d’un temps révolu, une ruine dans les décombres de l’humanisme, sont autant d’empêchements à la sérénité.  La République n’est ni mystique ni abstraite. Elle doit demeurer une incandescence pour que la démocratie parvienne à l’accomplir. » (p.147)

Nous habitons la terre, Christiane Taubira, Editions Phillipe Rey.