Ousmane Sow : le héros de l’africanité triomphante

 

Vue de l'exposition sur le pont des Arts, Paris (1999).

Vue de l’exposition sur le pont des Arts, Paris (1999).

Il était frère d’art de Michel-Ange. Et les personnages qu’il sculptait ressemblaient étrangement à leur auteur, ce colosse qui en imposait. Ils étaient sur-humains ; leur taille était supérieure à celle d’un homme ; leur musculature était hypertrophiée. Bref, ils étaient héroïques, lyriques ; tels des des Hercule africains, ils dégageaient une puissance, une force vitale imposante. Cette force vitale a hélas quitté Ousmane Sow. Ce créateur important de l’art africain contemporain est décédé à Dakar le 1er décembre, à l’âge de 81 ans.

 

Nul doute que son ancien métier de kinésithérapeute l’avait aidé à maîtriser cette connaissance de la plastique humaine. Né à Dakar et passé par les écoles française et coranique, il est très tôt attiré et fasciné par la sculpture : le petit Ousmane s’essayait à modeler des blocs de calcaire sur les plages sénégalaises. A la mort de son père, transporteur routier, en 1956, il part s’installer à Paris et y suit des études para-médicales, tout en continuant à fréquenter les milieux artistiques et notamment les élèves de l’Ecole des beaux-arts.

Les petits Noubas

Les petits Noubas.

A l’indépendance en 1960, il adoptera sans hésiter la nationalité sénégalaise, exercera son métier à Dakar puis dans la capitale française, avant de revenir s’installer définitivement au pays de la Teranga en 1978. Ce retour à la terre natale marquera le début véritable de sa carrière artistique. C’est d’abord sa fameuse série des Noubas, inspirée de ce peuple qui vit au Soudan. Puis la production des lutteurs et des jeunes femmes au début des années 1980. Autant d’oeuvres qui lui apportent la consécration internationale. Les expositions brillantes se succèdent : Paris, Genève, New York, la célébrissime Documenta de Kassel en 1992 ou la Biennale de Venise en 1995.

 

Ousmane Sow

Sacrifice d’une chèvre

Son destin connaîtra une accélération brutale avec son « habillage » de la passerelle du pont des Arts, à Paris, en 1999. Trois millions de personnes, ébahies, découvrent alors la grandeur, dans tous les sens du terme, de ses sculptures dont une bataille de Little Bighorn. Ousmane Sow est devenu désormais un artiste populaire et couvert d’honneurs : il est ainsi le premier Noir à entrer, en 2013, à l’Académie des beaux-arts française. Le classicisme à l’occidentale, parfois critiqué, de son oeuvre, cachait une africanité triomphante qui ne l’a jamais quitté : après les Noubas, il avait ainsi exalté aux yeux du monde l’esthétique et la force des guerriers massaïs, zoulous ou peuls. En 2015, il avait aussi érigé, à La Rochelle, une statue intitulée « Toussaint Louverture et la vieille esclave ». Hommage au héros de l’indépendance haïtienne et de la fin de la traite négrière. Est-ce ce « militantisme » artistique  que l’histoire retiendra d’Ousmane Sow ?

Par Jean-Michel DENIS