Parité à l’école : le grand défi de l’Afrique

Deux des huit Objectifs du Millénaire pour le Développement  (OMD) adoptés en 2000 par l’Organisation des Nations unies  (ONU) portaient sur l’éducation et sur la parité à l’école. Il  s’agissait d’assurer aux enfants partout dans le monde les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires, de promouvoir l’égalité des sexes – et, in fine, l’autonomisation des femmes – en éliminant toute discrimination envers les filles notamment dans l’éducation. Ces objectifs étaient loin d’être atteints en 2015. Retour sur un rapport de l’ONU qui a gardé toute son actualité deux ans plus tard.

Le rapport mondial « Éducation pour tous : 2000-2015 » qu’à publié l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) montre l’ampleur des discriminations dont sont encore victimes  des millions de filles…

DES PROGRÈS INSUFFISANTS
Selon l’UNESCO, l’indice de parité entre les sexes (IPS) dans le primaire en Afrique subsaharienne a progressé de 0,85 à 0,92 entre 1999 et 2012, mais « cette région reste la plus éloignée de la cible en matière de parité entre les  sexes. Sur les 18 pays dans le monde comptant moins de 90 filles pour 100 garçons scolarisés dans le primaire, 13 se trouvaient en Afrique subsaharienne », avec toutefois des inégalités selon les pays. À trois ans de l’échéance 2015, il  y avait moins de 80 filles scolarisées dans le primaire pour 100 garçons en Angola, en République centrafricaine, au  Soudan du Sud et au Tchad.

Eleve africaine

Crédit photo : gemreportunesco

A contrario, des pays comme le Burundi, Sao Tomé et Principe et la Zambie étaient parvenus à la parité, pendant que chez d’autres, les disparités entre les sexes s’étaient inversées, notamment au Congo, en Gambie, au Sénégal et aux Seychelles. « En Gambie et au Sénégal, la progression de la scolarisation des filles par rapport à celle des garçons montre non seulement que les filles ont pris un léger avantage sur les garçons en termes d’admission au primaire, mais aussi, que le décrochage scolaire est plus fréquent chez les garçons. Une fois scolarisées, les filles ont autant, sinon plus de chances que les garçons de  poursuivre une scolarité primaire », écrivent les auteurs du rapport. C’est le cas au Cameroun et en Côte d’Ivoire, où l’Indice de parité ses sexes (IPS) du taux brut d’admission est inférieur à 0,90, mais où le taux de survie en cycle  primaire est le même entre garçons et filles.

DE MULTIPLES OBSTACLES
Sur les causes des disparités entre filles et garçons, le document de l’UNESCO confirme ce qu’on sait déjà : la pauvreté et les croyances rétrogrades  maintiennent des millions de jeunes filles dans l’ignorance. En Guinée et au Niger, 70 % environ des filles les plus pauvres n’ont jamais été scolarisées,  contre moins de 20 % des garçons les plus riches. Et lorsque la parité est atteinte dans le primaire comme au Mozambique ou en Ouganda chez les filles de familles riches, l’écart se creuse au détriment des filles issues de familles pauvres.

Dans l’enseignement secondaire, la situation est encore plus préoccupante. L’IPS n’a progressé que de 0,82 à 0,84 entre 1999 et 2012, et en dehors du  Swaziland, aucun pays d’Afrique au sud du Sahara n’a réalisé la parité. Dans cette partie du monde, 11 pays dont le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée  Conakry, le Tchad ont un IPS inférieur à 0,80, même si  la situation s’est améliorée durant cette période. D’autres facteurs entravent l’accès des filles à  l’éducation et leur maintien dans le système scolaire. Par exemple, les mariages forcés et les grossesses précoces, encore très répandus, occasionnent des  décrochages scolaires. Par ailleurs, le harcèlement, les brimades et les abus sexuels sont le lot de nombreuses filles à l’intérieur des établissements scolaires, mais aussi sur le chemin de l’école – un danger auquel elles sont d’autant plus confrontées en zone de conflits ou dans les pays touchés par la montée des extrémismes.

UNE QUESTION DE VOLONTÉ
D’après l’UNESCO, en 2012, les femmes représentaient en moyenne seulement 43 % des enseignants du primaire et 31 % du secondaire, la situation étant pire  en Guinée, au Mali, en République centrafricaine et au Tchad, où elles ne représentaient que 12 % dans le secondaire, « ce qui prive les jeunes filles de modèles à suivre ». Sans compter qu’une présence accrue de personnel féminin d’enseignement ou d’encadrement à l’école pourrait jouer un rôle très  important dans la protection des filles contre les abus et les violences potentielles à l’école.

L’éradication de cet « apartheid scolaire » passe par des mesures volontaristes que les États concernés doivent impérativement prendre en faveur des filles :  exemption des frais de scolarité pour les enfants de familles modestes, gratuité de l’école primaire, mise en place de cantines scolaires, accroissement du  nombre d’enseignantes, instauration d’un code de conduite et de sanctions efficaces pour limiter la  violence dans les écoles…