Parures de cou : l’héritage de Nefertiti

Saviez-vous qu’un long cou est un des archétypes de la beauté et de l’élégance les plus partagés sur Terre ?

Pour preuve, le buste de Nefertiti, sculpture du XIVe  siècle av.J.-C., célèbre pour son port de tête gracile, est la représentation féminine  la plus connue au monde après la Joconde. Les bijoux de cou n’ont donc jamais été de futiles accessoires ; le collier a revêtu dans l’histoire plusieurs significations profondes.

DES SYMBOLIQUES CONTRADICTOIRES

Nefertiti, buste original

Nefertiti, buste original

Dans l’Antiquité égyptienne, le collier pouvait tout autant indiquer le pouvoir en raison de sa forme circulaire, évocation du disque solaire, ou bien la soumission et la contrainte lorsqu’il enserrait le cou des esclaves. Quant au pectoral égyptien, il était originellement apposé sur une zone au-dessus du cœur et des poumons, considérée comme le siège du souffle de la vie. D’ailleurs, à l’image des amulettes qu’on suspend à son cou dans certaines cultures afin de se protéger, cet objet a souvent eu une fonction spirituelle et votive.

C’est notamment le cas du torque, collier issu de l’art scythe porté jadis par les valeureux guerriers celtes (durant l’Age de Fer), puis par les soldats émérites romains (sous la République), à la fois un attribut divin – dieux et déesses de la mythologie celte sont représentés portant un torque – et un objet  funéraire supposé accompagner le défunt dans l’au-delà.

Dans un tout autre registre, la fraise, signe distinctif des hommes et des femmes de haut rang (noblesse  et bourgeoisie) en Europe durant les guerres de religion, aurait surtout été inventée pour dissimuler le collier de Vénus, ces honteuses marques liées aux maladies vénériennes. Cette mode servait donc, non pas à enjoliver l’allure de ces messieurs et dames mais surtout à leur épargner une honteuse disgrâce.

Toutefois, quelle qu’ait été sa fonction ici ou là, hier ou aujourd’hui, le collier a toujours marqué une appartenance communautaire, sociale, religieuse ou autre.

UN ORNEMENT IDENTITAIRE 

Femme de la tribu Arbore d'Ethiopie

Femme de la tribu Arbore d’Ethiopie

Arbore d’Ethiopie, Orissas d’Inde… Dans nombre de sociétés traditionnelles  contemporaines, les bijoux de cou constituent encore un élément fondamental de l’identité et du statut social.

Ainsi chez les femmes Padaung de Birmanie – un peuple très présent en Thaïlande car persécuté dans son pays d’origine – le port de spirales de cuivre  autour du cou est un signe ultime de féminité. Plus elle compte d’anneaux  autour de son cou, plus une femme est considérée comme belle. Une coutume  controversée car elle déforme l’anatomie et s’apparente pour certains à une torture. En effet, ces dames ne peuvent plus quitter leurs encombrants ornements au risque de se briser le cou.

Baptisées « femmes girafes », les Padaung  partagent ce surnom de créature quasi mythologique avec les Ndebele d’Afrique du Sud. Pour ces dernières, arborer des anneaux de cuivre perlés appelés Idzila autour du cou, des poignets et des chevilles est un hommage à la virilité et à la richesse de leur époux. Leur poids peut atteindre jusqu’à 25 kg ! Ces bijoux témoignent du savoir-faire artisanal que ces femmes, gardiennes de la culture de leur peuple, ont développé au fil des siècles en dépit d’un contexte de colonisation et d’apartheid très violent.

 

LE COU : OBJET DE TOUTES LES ATTENTIONS

Zoe Kravitz I am Divas

Zoe Kravitz

Remis au goût du jour depuis la saison dernière, le ras du cou ou « choker » comme disent les modistas, est le bijou chouchou des it-girls. En version souple ou rigide, épais et montant pour personnaliser une tenue ou fin pour la petite touche bling-bling, le choker a la cote. Il évince les collerettes, plastrons et autres sautoirs. Avec un camée enrubanné en mode rétro, clouté  rock’n roll, minimaliste en cuir, perlé classique, tribal bohème ou baroque avec des incrustations de pierres précieuses, il se décline en différents styles et s’adapte à tous les looks.

Coup du hasard ou effet domino ? Il se trouve que cette choker-mania coïncide ces dernières années avec un regain d’intérêt des professionnels de l’esthétique pour le cou qui, avec l’ovale du visage et le décolleté, sont en effet des parties très sensibles, fragiles et qui affichent plus vite les marques du vieillissement. Les enseignes de cosmétique conçoivent des soins liftants ou raffermissants dédiés à ces zones.

Décidément, le cou n’a pas fini de faire parler de lui…

 

 

 

Par Françoise Diboussi.