Le retour du style Harlem Renaissance

Mouvement des années 1920-1930, le Harlem Renaissance marque un tournant majeur dans l’histoire du peuple noir au sens large et de la communauté afro-américaine en particulier. A l’époque, une vague d’artistes talentueux fait rayonner l’esthétique nègre dans le monde entier. Aujourd’hui, leur influence est loin d’être éteinte, surtout en matière de mode.

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Zoé Saldana en Diva des années 1930, pour Vanity Fair

Septembre 2009 : le magazine Vanity Fair met en scène Zoé Saldana dans une superbe toilette années 1930, entourée d’hommes très à quatre épingles. Dès lors, le style Harlem Renaissance, jusque-là relégué dans les livres d’histoire, va truster les pages des magazines de mode et les blogs de tendanceurs. C’est le cas deux ans plus tard, en février 2012, dans l’édition italienne du magazine Vogue. Pour la série “The Black Allure”, signée de la photographe Emma Summerton, les plus beaux mannequins noirs du moment – Chanel Iman, Ajak Deng, Kinee Diouf ou encore Lais Ribeiro – nous font revivre l’époque fastueuse du cultissime Cotton Club. Dans un autre registre, le clip Haunted de Beyoncé, diffusé en 2013, où la chanteuse apparaît métamorphosée en Joséphine Baker ultra sexy et décadente, fait le buzz sur la toile et suscite l’intérêt de nombreuses fashionistas.

Cependant, davantage encore que les icônes féminines de l’époque – de Joséphine Baker à Zora Neale Hurston-, ce sont les hommes, dandies black de la première heure, qui enthousiasment la fashion sphère d’aujourd’hui.

 

Les nouveaux gentlemen  

Bien qu’ayant été initié dès le XVIII ème siècle par une poignée d’esclaves – pensez au personnage de Django dans le film Django Unchained-, le dandysme black a surtout connu son essor dans la période Harlem Renaissance. Le principe : affirmer son identité et sa fierté noire à travers son look.

De nos jours, des célébrités comme André 3000 du groupe OutKast, ou Ben l’Oncle Soul ont, semble-t-il, adopté la même attitude. En ligne, des bloggers- à l’instar du nigérian Steven Onoja et du haïtien Ludget Decy, alias Dapper Lou – popularisent cette tendance. Quant au photographe du street style Karl-Edwin Guerre, il met en lumière les figures de proue de ce renouveau sur son site guerreisms.com. Parmi ses modèles , designers Sam Lambert et Shaka Maidoh du collectif Art Comes First, ou encore les créatifs du studio Street Etiquette, Joshua Kissi et Travis Gumbs.

Pour ces gentlemen nouvelle génération, qui twistent souvent la mode occidentale  avec des éléments  du style africain, le style est un mode de vie à part entière. En cela, ils suivent l’exemple de leur aînés qui, pour valoriser leur identité de “nouveau nègre” (en référence à l’anthologie New Negro, An Interpretation publiée en 1925 et conçue sous la direction d’Alain Locke, philosophe et théoricien du mouvement), affichaient leur élégance comme un manifeste contre les préjugés.

Texte Betty Ntonye