En revenant d’l’expo… l’Afrique des routes

Non, l’Afrique n’a pas vécu durant des siècles, dans un « lamentable » isolement ! La preuve avec cette exposition passionnante qui s’ouvre aujourd’hui et devrait ébranler certaines certitudes en Occident.

Scène nilotique : La chasse des « pygmées ». Fresque à Pompéi, casa del Medico.

Scène nilotique : La chasse des « pygmées ». Fresque à Pompéi.

« L’Afrique n’est pas assez entrée dans l’histoire ». L’ex-président Nicolas Sarkozy regrettera-t-il, un jour, ces mots inspirés par Henri Guaino et lâchés lors d’une visite officielle à Dakar, en 2007 ? Peu importe après tout.  Cette phrase rend en tout cas bien service aux historiens notamment puisqu’elle est emblématique de l’aveuglement dont l’Occident a fait preuve à l’égard de l’Afrique en particulier depuis plus de mille ans. L’Afrique n’est pas assez entrée dans l’histoire. Bien mieux, elle est l’histoire ! On le sait maintenant : les premiers hominidés ont surgi au Tchad, entre 6 et 7 millions d’années.

Cavalier : Collection Laurent Dodier

Cavalier : Collection Laurent Dodier

Mais si ce n’était que cela… semble dire l’exposition « L’Afrique des routes » qui se tient depuis hier au musée du Quai Branly. Ce continent fut non seulement le point de départ de l’aventure humaine mais aussi une terre en perpétuelle ouverture, où les hommes n’ont cessé de circuler, de voyager, de faire du commerce, de s’unir. Tombouctou, Lepcis Magna, Benin City, Kilwa autant de points de rencontre ; navigateurs chinois s’aventurant sur les côtes d’Afrique orientale, caravanes berbères ou touaregs sillonnant le Sahara du Nord au Sud, marchands perses ou égyptiens s’enfonçant au coeur de l’Asie, autant d’itinéraires enrichissant et irriguant les sociétés et les cultures ; sel, perles, ivoire, or, cuivre, textiles, autant de biens passés d’un royaume à un autre, d’une région à une autre.

3 colliers en pâte de verre. Collection A. et G. Panini, Como

3 colliers en pâte de verre. Collection A. et G. Panini, Como

Ainsi, pendant deux mille ans voire plus, on n’a cessé d’échanger, de communiquer entre l’Afrique et l’Occident mais aussi entre l’Afrique et le monde oriental et asiatique. Représentations de pygmées chassant des bêtes sauvages sur des fresques de Pompéi (VIé siècle av.J-C-Ier siècle ap.J-C),  colliers de perles en pâtes de verre (VIII-Xe siècle) fabriqués en Egypte et retrouvés au Mali ; collier peul confectionné avec de l’ambre de la mer Baltique ; ou poteaux funéraires qui lient les cultures d’Afrique orientale et celles de l’océan Indien et même du Vietnam ! Les nombreux objets – manuscrits, statuaire, parures – présentés dans la mezzanine ouest du musée et répartis en sept salles ou routes (commerciales, culturelles, religieuses…) constituent d’implacables preuves.

Tout ça nous laisse songeurs et ébranle nos certitudes, si tant est que nous en avions encore !

Ibn al-wardî, kharîdat al-‘adjâ’ib « Planisphère arabe” © Paris, Bibliothèque Nationale de France, Manuscrits

Contrairement à ce que d’aucuns ont pu prétendre du haut d’un certain complexe occidental, l’Afrique n’a jamais été une terre-île sur le globe, vivant dans sa solitude : elle n’a cessé de communiquer avec le reste du monde, même contre son gré dans le cas, tragique, de l’esclavage. Si rien n’est pur, si tout est flux, flou et échange, dès lors les notions d’ethnie, de peuple ou d’identité nationale ne pèsent plus guère face à l’idée de culture, entitée en perpétuelle ouverture. On peut reprocher précisément aux organisateurs de ne pas être allé plus loin dans cette direction. Il n’en demeure pas moins que cette exposition est absolument à voir par tous, petits et grands.

Par Jean-Michel DENIS

L’Afrique des routes. Musée du Quai Branly.Jacques Chirac. Du 31 janvier au 12 novembre 2017.