Saint Laurent – Tongoro : la guerre du Mburu

Shame and scandal dans le monde de la mode ! Saint Laurent aurait, semble-t-il, plagié le stylisme d’un sac conçu par une jeune marque sénégalaise. L’éternel combat de David et Goliath au pays des podiums ? Notre enquête.

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Le Mburu de Tongoro @Tongoro

La semaine dernière, Sarah Diouf, fondatrice et créatrice de la marque sénégalaise Tongoro, accusait la maison Saint Laurent d’avoir copié le stylisme de son accessoire phare, le sac Mburu. Alors que la mode africaine se fait de plus en plus remarquer sur la scène internationale, le plagiat et l’appropriation culturelle sont des fléaux qui frappent principalement les jeunes stylistes. Accusation justifiée ou pas, cette affaire fait couler de l’encre et met le doigt sur les failles de la protection de la créativité.

 

Jeudi 28 février, la Fashion Week de Paris bat son plein et la maison Saint Laurent, dont le directeur artistique n’est autre que le célèbre Anthony Vacarello, présente sa collection Automne/Hiver 2017-2018. Les pochettes arborées par les mannequins ressemblent curieusement à l’accessoire phare de la marque Tongoro, appelée “Mburu” qui signifie “baguette” en wolof. Tongoro est une griffe récente, fabriquée en Afrique et lancée en novembre dernier. Son objectif premier est de développer l’industrie textile à Dakar. Le sac Mburu représente un élément essentiel de la culture sénégalaise et incarne l’essence même de la distinction liée à cette maison naissante. Il incarne la créativité, le savoir-faire et la joie de vivre qui poussent les jeunes Sénégalais à se lever chaque matin pour gagner leur pain, le mburu. Et c’est toute l’histoire, la recherche, l’esthétique de cet accessoire qui rend sa “dite” appropriation par Saint Laurent davantage blessante pour Sarah Diouf.

Dans une lettre, elle confie: “Je ne pouvais pas en croire mes yeux. C’est notre sac, une réplique du sac Mburu de Tongoro, notre accessoire de marque. Où avez-vous vu un sac baguette de 10×60 centimètres?”. Avant de rajouter: “Suis-je assez grande pour lutter contre une institution de la mode telle que Saint Laurent ?”. Une accusation d’usurpation et d’appropriation culturelle qui, semble t-il, finira aux oubliettes comme bien souvent. Le combat toujours inégal entre ces Goliath que sont les grands créateurs et ces David que représentent les jeunes stylistes ? Comme l’explique Sarah Diouf : “Pour ceux qui ne comprennent pas, c’est comme travailler sur un projet et obtenir un F+ et voir quelqu’un vous copier et obtenir un A+”.

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A gauche : Mburu de Tongoro, A droite le sac Saint Laurent, collection Automne/Hiver 2017-2018

A ce jour, le service de presse de Saint Laurent ne s’est pas manifesté. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que ce genre de scandale a lieu et il s’avère difficile de lutter contre les dinosaures de la mode. Un incident qui met en exergue les failles de la protection de la créativité de l’art, de la mode et du design, régie par la convention de Berne. Adoptée en 1886, cette convention offre aux créateurs les moyens de contrôler la manière dont leurs oeuvres peuvent être utilisées, par qui et sous quelles conditions. Quarante-trois des cinquante-quatre pays africains l’ont signée ; elle reste toutefois en grande partie négligée. Pour y remédier, les Etats se doivent d’inciter tout jeune artiste à faire enregistrer des dépôts légaux afin de pouvoir jouir de la protection juridique afférente au droit de propriété. En attendant, il ne leur reste plus que leurs voix pour se faire entendre, du mieux qu’ils le peuvent. Comme on dit: « Tout bruit écouté longtemps, devient une voix ».

Par Marella LUMBILA