Quand trois directrices d’hôtels se confient…

I AM DIVAS vous propose de découvrir trois portraits de femmes modèles, directrices d’hôtels du groupe Accor.

Alexandra Byrnes – Sofitel Lafayette Washington – Etats-Unis

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« Fascinée par ce monde si différent »

De Montpellier en France, ville qui l’a vue naître, à la capitale fédérale américaine, dont elle dirige l’un des plus prestigieux hôtels, Alexandra Byrne a gravi patiemment les échelons qui mènent au sommet. Elle a exercé successivement presque tous les métiers de l’hôtellerie, sans jamais cesser de développer par elle-même ses compétences.

Pourquoi avoir choisi l’hôtellerie ? 

J’ai grandi dans cet univers. J’étais enfant lorsque mon père, médecin, a pris la décision de s’installer au Maroc, à Agadir. Il travaillait beaucoup avec les hôtels de la ville et j’étais fascinée par ce monde si différent des autres. Très jeune, j’ai su que j’en ferai mon métier.

Vous avez été l’une des premières apprenties de troisième cycle du Groupe. 

Trois jours à l’école, les deux autres de la semaine et toutes les vacances en entreprise… L’apprentissage est, quel que soit le niveau d’études, l’une des meilleures façons de se familiariser avec son futur métier. J’ai ainsi travaillé à temps partiel pendant deux ans au Novotel Bagnolet (région parisienne, NDLR). J’ai commencé par une mission d’observation, visant à proposer à la clientèle japonaise des petits déjeuners adaptés à ses goûts. Je suis ensuite passée par la direction financière, j’ai été en charge de l’organisation de banquets, j’ai effectué des missions au bar… Remplaçant successivement les collaborateurs qui s’absentaient pour des congés, j’ai appris l’hôtellerie à travers ses nombreux métiers.

Lequel avez-vous choisi ?

Jeune diplômée, j’ai rencontré Évelyne Chabrot, alors directrice RH Monde pour Novotel, qui m’a proposé les États-Unis. J’ai débarqué à New York en 1995 en qualité d’assistante de la DRH pour la branche américaine. C’était l’époque du « back to the future ». Énormément de formation et de coaching, des jeux de rôle… Connaissant très bien la marque, j’ai été choisie pour développer ce projet dans une dizaine d’établissements, aux États-Unis et au Canada.

Gère-t-on un établissement indépendant comme un hôtel de groupe ? 

Quand la marque est qualitative et intéressante, le fait d’appartenir à un groupe ne constitue pas une contrainte. Mais dans un hôtel indépendant, les circuits décisionnels sont plus courts. Nous étions en 2001, juste après le 11 septembre. Les touristes désertaient l’Amérique et j’ai pu très rapidement prendre les mesures nécessaires pour passer ce cap difficile.

Solange Bwame, Ibis Bata – Guinée Equatoriale 

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« Toujours prouver qu’on vaut mieux que les stéréotypes »

Du Cameroun – sa terre natale – au Burkina Faso, du Nigeria à la Guinée équatoriale, où elle dirige depuis un an l’hôtel Ibis de Bata, la capitale économique du pays, Solange Bwame parcourt l’Afrique depuis plus d’une décennie pour contribuer à la professionnalisation des équipes. Un parcours guidé par l’exigence. 

N’est-ce pas difficile, lorsque l’on a été formatrice et déjà directrice ailleurs, de diriger une équipe que l’on n’a pas choisie ? 

Cela demande beaucoup d’énergie et aussi de patience. Les équipes ont leurs habitudes, on arrive avec un autre style de management, un niveau d’exigence élevé et, en dépit de la bonne volonté des collaborateurs, les progrès prennent du temps. Mais, objectivement, pas mal de chemin a été parcouru depuis un an, même s’il reste beaucoup à faire, notamment en terme d’autonomisation.

Comment vos proches vivent-ils cette implication forte dans votre travail ?

Lorsque j’ai quitté le Cameroun, j’ai été contrainte de confier l’éducation de mes deux filles à ma famille. La plus jeune avait dix ans, cela a été un gros sacrifice, mais je ne regrette pas ce choix. Nous nous voyons régulièrement – je retourne au pays quelques jours chaque mois – et, malgré la séparation, nous avons su conserver une vraie complicité. Je suis aussi fière de voir qu’elle a hérité de ma force de caractère, et qu’elle est prête, elle aussi, à se battre pour réussir.

Est-ce plus difficile pour une femme que pour un homme en Afrique ? 

C’est plus difficile partout. Mais l’univers de l’hôtellerie en Afrique est moins sexiste que d’autres secteurs, même si une femme doit toujours prouver qu’elle vaut mieux que les stéréotypes. Le conseiller du propriétaire des Ibis de Malabo et de Bata me connaissait depuis mon passage à Malabo. Lorsque je lui ai été présentée, il n’a pu s’empêcher de faire remarquer que je travaillais « comme un homme ». Quoi qu’on fasse, la comparaison est permanente. Pourtant, nous travaillons plus qu’eux, puisque quand nous quittons le bureau, une seconde journée nous attend, auprès de notre famille.

Hanane Boudanes, Ibis Tanger Free Zone – Maroc

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« Ce métier demande beaucoup de sacrifices »

Essentiellement touristique en période de vacances et résolument business le reste de l’année, la clientèle de l’Ibis Tanger Free Zone demande à l’équipe dirigée par Hanane Boudanes un effort d’adaptation constant. Un challenge relevé brillamment par cette jeune maman d’à peine 34 ans, lauréate du « Grand Prix Accor Maroc » 2005.

 Avoir gagné le « Grand Prix Accor » à 23 ans a-t-il facilité votre début de carrière ? 

Sans aucun doute. Je me destinais à entrer dans l’hôtellerie puisque je terminais un cursus post-bac de quatre ans à l’Institut supérieur international du tourisme de Tanger. Le groupe avait un accord avec cette école, lui permettant de détecter précocement les meilleurs éléments. Étant major de promotion chaque année, le groupe m’a décerné son Grand Prix, proposé un poste et donné le choix de ma première affectation : originaire d’une région peu touristique du Maroc, j’ai choisi Tanger et plus précisément l’Ibis Free Zone. J’ai été embauchée en qualité d’assistante de direction chargée de la restauration. C’était il y a 12 ans.

Et aujourd’hui, vous dirigez l’hôtel. Vous ne l’avez donc jamais quitté ? 

Si, assez vite, puisque dès l’année suivante, j’ai été sollicitée pour participer à l’ouverture de l’Ibis à Casablanca, cette fois côté hébergement. Puis je me suis vue proposer mon premier poste de direction, à Tanger aussi. J’ai pris la direction de l’Ibis Budget, le premier de cette gamme à avoir ouvert ses portes au Maroc. J’y suis restée deux ans, avant d’assurer la direction par intérim d’un hôtel de première importance de la ville : l’Ibis Tanger City Centre.

Vous avez aussi trouvé le temps de fonder une famille… 

J’ai deux jeunes enfants et un époux très compréhensif. Le métier d’hôtelier demande beaucoup de sacrifices, concilier vies privée et professionnelle n’est pas toujours simple. L’entourage doit l’accepter, sinon ce n’est pas possible. Mais le jeu en vaut la chandelle. J’avais seulement 28 ans lorsque je suis devenue directrice. À 34 ans, j’ai la responsabilité d’un trois étoiles. Je rêve de gérer un jour un établissement de prestige. Qui sait, peut-être aurai-je cette chance ? Quel autre métier peut offrir une telle progression ?