Ubuntu, Un contrat social à l’africaine

Voilà un principe qui fonde une certaine idée de l’africanité. Nelson Mandela ne l’a-t-il pas remis au goût du jour ? Explications.

Initié dès l’adolescence à la philosophie ubuntu par le Régent des Thembu (ethnie d’Afrique du Sud parlant le xhosa), Nelson Mandela en fut l’un des vibrants défenseurs.

Initié dès l’adolescence à la philosophie ubuntu par le Régent des Thembu (ethnie d’Afrique du Sud parlant le xhosa), Nelson Mandela en fut l’un des vibrants défenseurs.

Ubuntu. Ce terme emprunté à un dialecte d’Afrique australe (xhosa) et dont la racine est présente dans bien d’autres langues bantoues (lingala, kikongo, swahili…), n’a pas d’équivalent en français. Il désigne l’ensemble des qualités de celui qui fait preuve d’humanité – solidarité, empathie ou encore générosité.

Un idéal d’humanité. Selon la philosophie ubuntu, un lien étroit mais invisible lie les êtres vivants entre eux ; si bien qu’aucun individu n’existe ou ne peut s’accomplir sans les autres. Dès lors, le bien de la communauté prévaut sur les intérêts personnels. Ce qui touche un homme, touche toute l’humanité.

Une notion qui s’oppose au narcissisme ou à l’individualisme. Une ode à la communauté (au sens de « mise en commun » et de « partage »). Mais attention, car s’il s’agit de voir en l’autre un reflet de sa propre humanité (comme dans un miroir), il n’est pas question de nier son altérité ! Au-delà des différences (culturelle, religieuse, etc.), de la singularité de chacun, nous formons les parties d’un tout qui nous dépasse. Autrement dit, l’humanité est plus forte que chacune de ses parties.

L’héritage de Madiba. Ubuntu, un mot presqu’oublié, remis au goût du jour par l’ex-président Nelson Mandela pour inspirer sa gouvernance et constituer le socle moral de l’Afrique du Sud post-apartheid. Déjà, en 1944, le manifeste de la ligue de jeunesse de l’ANC – l’African National Congress, mouvement anti-apartheid –, dont Madiba est le fondateur, stipule que « l’Univers (est) un tout organique qui progresse vers l’harmonie, où les parties individuelles existent seulement comme des aspects de l’unité universelle ».

Desmond Tutu, l’archevêque anglican qui présidait la Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine en 1995, a lui-même résumé le principe ubuntu ainsi : « Cela parle de plénitude, de compassion. Une personne ayant cet « ubuntu » est accueillante, hospitalière, chaleureuse et généreuse, prête à partager. Ces gens-là sont ouverts et disponibles pour d’autres, prêts à être vulnérables, affirmant les autres, ne se sentant pas menacés si d’autres sont capables et bons, car ils ont une confiance en eux (…) ils savent qu’ils appartiennent à un ensemble plus vaste. Ils savent qu’ils sont diminués quand les autres sont humiliés (…). La qualité d’ubuntu donne aux gens la résilience, leur permet de survivre et de s’en sortir encore en tant qu’être humain, malgré tous les efforts visant à les déshumaniser »*.

Une dimension universelle. L’homme d’église, Nobel de la Paix en 1984, n’aurait pas pu mieux définir ce concept complexe et universel. Universel d’abord par la nature même du message qu’il porte puisqu’il englobe tous les hommes et n’en exclut aucun.

Universel également parce qu’il se rapproche de préceptes initiés dans d’autres cultures ou traditions. Comme la maxime des Indiens Lakota d’Amérique du Nord, « mitakuye oyasin » (traduisez « Nous sommes tous un »), ou encore le premier commandement chrétien, « Aime ton prochain comme toi-même ». Difficile en outre de ne pas songer à la devise des quatre mousquetaires d’Alexandre Dumas « Un pour tous, tous pour un ! ».

Universel enfin par le fait qu’ubuntu est un principe intemporel, éternellement applicable à toutes les sociétés humaines, tant qu’il y aura des hommes et nécessité de bâtir un vivre ensemble.

Par Betty Ntonye

*Dans l’ouvrage Dieu a un rêve, paru en 2004.