Veronica Webb : « Il n’y a rien de plus glamour que d’être soi-même ! »

Veronica Webb Victoria's Secret

Défilé Victoria’s Secret 1995 – Crédit : Ron Galella / WireImage

Fausse annonce du défilé annuel Victoria’s Secret, à Paris, pour brouiller les pistes. Un palace parisien entièrement loué par la célèbrissime marque de lingerie américaine et transformé, 24 heures durant, en Fort Alamo, bouclé par  les plus beaux spécimen d’une agence nationale de sécurité yankee. Tout ça à cause de Paris « nid à terroristes » ! La paranoïa américaine était de sortie ce 30 novembre !  A l’intérieur, à quelques heures de cet événement qui, finalement, tient lieu plutôt du très luxueux (un budget estimé à 11,32 millions d’euros quand même !) show, c’est calme plat : les anges – ainsi qu’on appelle les modèles qui défilent à cette manifestation – sont au ciel, dans les étages, et se reposent.

Veronica Webb avec qui on a rendez-vous descendra dans le lobby, avec 3 heures de retard. Le coupable ? Un bon coup de jet-lag… On pardonne à la diva. N’est-elle pas le premier top-model noir à avoir été l’égérie, en 1990, d’une grande marque de cosmétiques, Revlon en l’occurence ?  Elle aura défilé pour les plus grands : Karl Lagerfeld, Chanel, Yves Saint Laurent, Jean-Paul Gaultier, Azzedine Alaia… Aura exposé sa beauté métisse sur les couvertures des plus illustres mags. Puis elle fera journaliste (chronique au « NY Times »), écrivaine ou actrice (« Jungle Fever » et « Malcolm X » de Spike Lee notamment).

Ayant participé, en 1995, au premier défilé de la marque, Victoria’s Secret l’a invitée à assister à l’édition 2016. Elle arrive avec son mari, Chris Del Gatto, grande, impériale, souriante et ne faisant absolument pas ses 51 ans. On s’assied et on l’écoute…

Interview exclusive.

I AM DIVAS – Vous êtes née et avez vécu à Detroit, la ville de l’automobile, et vous êtes une « working-class girl ».  Quel regard portez-vous sur cette partie de votre vie ?

Veronica Webb – Mon père était électricien et ma mère infirmière. Ce sont mes héros. Il n’y avait pas pour eux de plus grande réussite que de fournir à leurs enfants un toit et une éducation afin de les préparer au monde. Grâce à eux, j’ai eu une certaine confiance en moi quand je suis partie tenter l’aventure à New York, à 18 ans. J’espère que je joue avec mes filles mon rôle de mère aussi bien que ma mère l’a fait pour moi.  Je fais en sorte qu’elles acquièrent le sens de la responsabilité et leur indépendance matérielle. Difficile d’être parent ! Il faut avant tout être à l’écoute de l’autre.

Vous avez exercé beaucoup de métiers mais pas celui de styliste. Pourquoi ne pas avoir lancé, à votre tour, une collection capsule ?

J’ai toujours vécu dans cette « ambiance » de mode, de création. Enfant, c’était ma mère qui confectionnait mes vêtements. Ceci dit, je ne me sens pas capable de dessiner et de mettre sur pied une collection. Pour moi, un styliste, c’est quelqu’un qui travaille dur, enfermé des centaines d’heures dans son atelier, à concevoir des modèles innovants mais aussi techniquement parfaits.

Que pensez-vous du mouvement nappy ?

J’aime beaucoup. C’est tellement plus simple pour beaucoup de porter des cheveux afro au naturel. La nouvelle génération est plus décontractée, déteste le faux. Et puis cette tendance rappelle les années 1970 et à mes yeux, il n’y a rien de plus glamour que les seventies et rien de plus glamour que d’être soi-même.

Vous avez vécu à Paris, de 1984 à 1986, chez Azzedine Alaïa, et vous parlez le français, m’a-t-on dit ?

(en français) Oui, je le comprends vachement (!), mieux que je le parle.

Alaïa, c’est, pour vous, un des plus grands stylistes ?

Absolument ! Et avec le temps, il a prouvé qu’il était un bien plus grand créateur que tout ce qu’on avait pu escompter à son propos, à l’origine. C’est lui, évidemment, qui m’a fourni une tenue pour le défilé de ce soir. Il est parvenu à être à la fois artiste et businessman, ce qui est extrêmement difficile dans le monde de la mode. Mais il est surtout un de mes meilleurs amis, il est de ma famille.

Veronica Webb

Crédit photo : Jenny Risher

Vos origines semblent multiples…

C’est ça, l’Amérique ! Je ne connais pas précisément mes origines. Je me suis fait faire un test ADN. Et les résultats étaient ahurissants : j’ai des composantes latinos, sud-américaines, nigérianes et même chinoises !  Bref, j’ai le monde entier en moi !

La chanteuse Alicia Keys a déclaré récemment qu’elle renonçait à tout maquillage. Qu’en pensez-vous ?

Je la comprends tout à fait ! Aujourd’hui, on veut faire un retour en arrière, vers ce qu’il y a de plus essentiel en soi. Tout le monde veut être libre, veut éviter ce piège qu’est l’illusion permanente de la perfection.

Mais vous, en revanche, vous dites aimer le maquillage…

En effet. Je ne vais pas forcément me maquiller tous les jours mais j’adore le pouvoir du maquillage, cette manière incroyable de transformer une personne, de donner confiance à une femme comme moi. Et puis, il y a un côté créatif qui me plait beaucoup et qui peut être très beau.

Vous oeuvrez en direction de la communauté noire, à travers diverses organisations et fondations caritatives. Selon vous, ce type d’action est plus efficace que les mouvements de protestation tels que Black Lives Matter ?

Je ne saurais vous dire mais tout ce que je sais, c’est qu’à mes yeux, l’éducation est le moyen de lutte le plus efficace et c’est pourquoi toutes les organisations dans lesquelles je m’investis ont trait à ce domaine.

20 ans est le plus bel âge de la vie ?

Ils le sont tous ! Les 20 ans, les 30 ans, les 40 ans… Tout âge a ses qualités et connaît ses difficultés.

Craignez-vous, un jour, d’être grand-mère, vous qui avez passé des décennies à célébrer la beauté et la jeunesse en tant que top-model ?

Mais j’espère être grand-mère, un jour ! C’est la loi biologique. Que représente la peur de vieillir au regard d’une famille qui vous donne de l’amour ?

Propos recueillis par Jean-Michel DENIS