Rondeurs : elles assument !

Dans le numéro 78, édition de juillet-août, la rédaction de DIVAS consacre un article aux femmes rondes. Pour l’occasion, notre collaboratrice Stévyne N’Zaba a rencontré trois divas qui assument leur corps sans complexe…

Découvrez en intégralité les trois entretiens.

Blanche Kazy ou la révolution des pulp !

Blanche Kazi, Congolaise de 39 ans, est l’organisatrice de la Pulp Fashion Week, un évènement qui met en avant les pulpeuses. Entretien avec une femme de poigne qui déteste la stigmatisation et la discrimination.

Quels sont les éléments qui vous ont incité à créer la Pulp Fashion Week ? Fille d’une couturière styliste modéliste, j’ai grandi dans l’univers de la mode, des fashion week et des salons de mode internationaux. Créer une fashion week pour permettre aux rondes de diversifier et enrichir leurs styles, est une continuation logique de mon histoire. Après un parcours dans la gestion, la communication et le marketing, j’ai eu envie de porter ce projet ambitieux. La première édition de la Pulp Fashion Week a eu lieu le 27 octobre 2013.

Pourquoi «  Pulp » et pas un autre terme? Pour moi, une femme pulpeuse symbolise la diversité, le but n’étant pas de sectoriser les femmes mais de les libérer. La femme a naturellement des courbes qui représentent sa féminité. L’appellation grande taille n’est pas appropriée à mon sens, car mon objectif est de contribuer à ce que les femmes se sentent belles et confiantes quelle que soit leur apparence physique.

Selon vous les femmes rondes sont-elles toujours aussi stigmatisées? Je pense que oui. Mais elles ne se positionnent plus en victimes. Aujourd’hui, elles sortent du placard, s’affichent malgré les critiques. Et c’est une très bonne chose. Avec un événement comme la Pulp Fashion Week, les professionnels se rendent compte de la demande en France. Ils ont compris que les rondes n’ont plus besoin de leur permission pour embrasser la mode. Vaille que vaille, l’offre se diversifie et nous pouvons enfin avoir accès à une mode plurielle, moderne et dans l’ère du temps. Notre marraine de cette année, Clémentine Desseaux, incarne bien cette évolution. Mannequin grande taille française, égérie de marques prestigieuses comme H&M, Levi’s, Marina Rinaldi, Macy’s ou Ulla Popken, elle est également porte-parole du projet #WhatsUnderneathProject. Son blog BonjourClem.com rencontre un franc succès.

Comment se déroule la Pulp Fashion Week? L’événement se déroule sur un week-end. C’est le salon de la mode pulpeuse ; on y trouve des stands de créateurs, d’accessoires et de produits cosmétiques. Outre les défilés, le public, composé de professionnels et d’amateurs, assiste également à des conférences et des ateliers. En ce qui concerne nos mannequins, nous avons des critères bien définis : de taille 40 à 56, elles mesurent minimum 1m72. Tout est affaire de proportion : par exemple, pour avoir une silhouette harmonieuse, un modèle qui fait du 48 devrait idéalement mesurer 1m75. Certains diront que ces critères sont eux-mêmes discriminants mais il faut comprendre que la mode est un business. Les marques ne sont pas là que pour faire du social ou contribuer à un combat contre les inégalités. Pour convaincre des clientes, elles doivent susciter le rêve. Alors ne soyons pas hypocrites, le chic, le glamour et le sexy sont indispensables en matière de mode, qu’elle soit grande taille ou classique.

Tout ceci à un coût, comment vous organisez vous? J’aurais souhaité être soutenue par de grandes marques locales comme dans les fashion week dédiées aux pulpeuses ailleurs dans le monde. Mais en France, on a vingt ans de retard sur cette question. Il faudrait davantage d’ouverture d’esprit et de tolérance. Les différences ici font peur et c’est bien dommage ! Pour l’instant, nous finançons le salon grâce à la location de stands, aux frais de participation des marques spécialisées pour les défilés, à la vente de billets, au sponsoring et aux dons de particuliers ou de marques partenaires.

Quelle sera la prochaine étape? J’aimerais développer une fashion week pour toutes les femmes. Sans distinction de taille. Dé-catégoriser les femmes. Les représenter telles qu’elles sont. En France, le chemin est encore très long, mais j’ai bon espoir que la mode accomplisse enfin ce pour quoi elle a été créée : rendre les femmes plus libres et bien dans leur corps.

Gaëlle Vanessa Prudencio, bien dans ses baskets

Bien dans sa tête et dans ses baskets, Gaëlle Vanessa Prudencio, bloggeuse d’origine sénégalaise, s’est engagée à changer les standards des canons de beauté afin que les femmes voluptueuses comme elles aient aussi leur mot à dire.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer un blog? En octobre 2007, j’ai découvert une plateforme en ligne où les femmes rondes s’échangent des bons plans sur la mode et postent leurs tenues du jour. Cette démarche m’a paru très positive et ça m’a donné envie de m’y mettre aussi. De créer un blog où, sans prétention aucune, je pouvais parler librement de moi et de mes envies. Je me suis lancée et j’ai commencé un travail d’acceptation de soi. Sept ans après, je raconte toujours mes aventures vestimentaires sur thecurvyandcurlycloset.com . C’est aussi un blog d’humeur dans lequel je réagis à certains sujets, entre autres sur la beauté de la femme noire, puisque j’ai décidé de porter mes cheveux naturels.

Les femmes rondes sont montrées du doigt, dévalorisées, jugées, en Occident alors qu’en Afrique, elles sont plutôt adulées. Qu’en pensez-vous? Je ne partage pas cet avis. J’ai grandi au Sénégal et je peux vous assurer que j’ai longtemps été montrée du doigt, voire humiliée. Une fois, je portais un maillot de bain à la plage et j’ai eu droit aux pires railleries et insultes durant tout l’après-midi. En Afrique, comme ailleurs, les canons de beauté sont de plus en plus standardisés à cause des médias, et par conséquent l’image de la femme ronde en prend un coup.

A quand une véritable mode pour les femmes rondes? Je trouve que les choses évoluent de plus en plus. Il y a quelques années, il n’y avait qu’une ou deux enseignes pour grandes tailles. Aujourd’hui, grâce à l’offre sur Internet, on trouve son bonheur assez facilement. Quelques grandes enseignes proposent désormais des lignes spécialisées. C’est encourageant. Sans compter les jeunes créateurs qui se lancent chaque année dans ce secteur.

On vous sent bien dans votre peau. L’acceptation de soi, est-ce un travail de longue haleine? Une étude américaine vient de révéler que 97 % des femmes ont des complexes. Ce qui équivaut à dire que toutes les femmes, à un moment ou à un autre de leur vie, sont confrontées à ces problèmes d’estime et d’acceptation de soi. Alors oui, c’est un travail de longue haleine à moins d’y avoir été préparée dans l’enfance. C’est grâce à mon blog, aux rencontres que j’ai faites ces dernières années, aux lectures que j’ai découvertes que je suis parvenue à m’aimer comme je suis.

Les bloggeuses d’aujourd’hui savent bien ce qu’est le business, et vous en faites partie. En 2013, vous avez ouvert à Dakar (Sénégal) un magasin éphémère spécialement dédié aux femmes rondes… J’ai travaillé dur pour faire connaître mon blog et je dois reconnaître que cela m’a offert des opportunités. Mais quand j’ai commencé, je ne pensais pas au business. C’était une façon de m’accomplir, de me réaliser. Ce n’est qu’avec le temps que j’ai réalisé que je pouvais ambitionner plus et aller un peu plus loin dans mon travail. D’où l’idée de lancer une boutique éphémère à Dakar, en espérant y ouvrir une boutique physique bientôt.

Vous êtes covergirl de Winkler Magazine , égérie de Pauline et Julie ; vous voyez-vous comme une sorte de modèle? Absolument pas. Je suis une femme, tout simplement. Une femme bien dans ses baskets qui a fait de sa différence une force. Cela n’a rien d’exceptionnel et je ne peux qu’encourager les filles ou les jeunes femmes complexées par leur physique à faire de même. Elles doivent se réapproprier leur corps, mettre en avant leurs atouts…

K-Reen, combative jusqu'au bout

Chanteuse française de Rn’b, révélée dans les années 1990, K-Reen est une fonceuse qui a su vaincre ses complexes et la pression du show business. Désormais, la Guyanaise met fièrement en avant ses formes généreuses. Rencontre avec une ronde épanouie !

Vous qui êtes dans le milieu depuis plus d’une décennie, pensez-vous que le show business soit aussi virulent envers les rondes qu’on le dit? Selon moi, il y a une vraie discrimination envers les femmes pulpeuses dans ce milieu ; les gens considèrent que ce n’est pas la norme, à moins d’incarner la « grosse mama gospel » de service ! J’en ai eues des réflexions sur mon poids ou sur la nécessité de maigrir pour booster ma carrière !

Quelle a été votre réaction face à cela? J’ai d’abord développé quelques complexes, j’ai enchaîné les régimes… Sans grand résultat. Puis j’ai compris que je ne serai jamais mince car ce n’est pas ma morphologie, et que les gens doivent m’accepter telle que je suis. La pression est omniprésente dans le milieu, il faut se surveiller tout le temps si on prend trop de poids ; ça me révolte. En revanche, je pense que c’est quand même bien de s’entretenir, de faire un peu de sport pour la santé du corps et du mental.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui ont des rondeurs comme vous? Nous, les femmes noires, portons nos kilos différemment. Ou plutôt, nous les portons bien ! Alors, arrêtons de complexer face à des modèles qui ne nous ressemblent pas. Ceux qui pensent qu’être ronde c’est être moche peuvent tout aussi bien penser qu’être noire c’est être laide. Moi, je suis fière de ce que je suis. Cultivons nos différences !

Vous êtes un exemple de ténacité dans l’adversité. Quel est votre secret? Sans doute est-ce la musique, ma grande passion, qui m’a aidée à m’assumer pleinement. C’est un métier difficile où il faut bosser sans relâche. Par chance, j’ai plusieurs cordes à mon arc : j’écris, je compose et fais les chœurs pour d’autres artistes. Dans mon dernier album (ndlr. « Racines K’Raïb »), j’ai voulu mettre en avant mon identité créole, mais sans renier ma culture street donc j’ai fait appel à des artistes variés comme Mainy, Warren ou encore Swé. J’y aborde l’amour, mon thème de prédilection, mais aussi des thèmes plus festifs comme dans Follow et plus graves, comme dans Qu’allons-nous devenir ? La musique est ce qui m’a permis de m’épanouir. Pour moi le bonheur c’est vivre sans se soucier du regard des autres, aller où bon me semble et faire ce que je veux quand je veux et, surtout, ne rien devoir à personne.

Article signé par Divas le jeudi 25 juin 2015

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